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24.08.2010
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard
« Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage où tu penses pouvoir être porté en
triomphe ; tu crois obtenir la bienveillance des puissants, tu cherches la gloire et la fortune. Pourtant, lorsque la nuit arrive, tu trembles. Tu ne bois pas, car tu as peur ; tu sais que la brûlure de l'alcool te précipite dans la faiblesse, dans l'irrésistible besoin de retrouver des caresses, une tendresse disparue, le monde perdu de l'enfance, la satisfaction, le calme, face à l'incertitude scintillante de l'obscurité. »
En 1506, le sultan Bajazet a demandé à Leonard de Vinci puis Michel-Ange de concevoir un pont entre les deux rives du Bosphore. On sait que (peut-être ?) Leonard de Vinci a répondu, que son projet n'a pas été retenu. Pour Michel-Ange, on ne sait pas non plus. A-t-il répondu ? A-t-il ignoré la proposition ? Trois avant avant le début des travaux de la Chapelle Sixtine, celui qui été déjà connu pour son David aurait-il accepté de se rendre à Constantinople ?
Rien n'est sans doute plus difficile que de créer une fiction à partir de personnages réels, connus, reconnus, d'exploiter un mini événement réel pour imaginer une histoire pour créer de toute pièces un pan de vie tout en gardant pied dans la réalité des personnages.
Avec Mathias Enard, Michel-Ange se rend à Constantinople. Il a des problèmes d'argent, est en désaccord avec le Pape Jules II qui lui a commandé un tombeau. Il rencontre le Grand Vizir et se met au travail. Mais l'inspiration manque, le peintre se promène dans les rues de la ville avec le poète Mesihi, Michel Ange découvre la ville, se laisse parfois envahir par le doute, l'inspiration ne vient pas. Il cherche, déambule, écoute.
Mathias Enard, lui, n'est pas peintre, mais il trace avec ce roman un portrait plein de finesse et de délicatesse, qui se lit d'une traite. Des chapitres courts, brèves esquisses des quelques semaines passées à Constantinople, où les hésitations du peintre, ses frayeurs, ses craintes, ses ambitions ou ses doutes sont dessinés avec ce qu'il faut d'épure pour n'en garder que le principal : la beauté du tableau.
En alternant de courts chapitres où un compagnon nocturne de Michel Ange parle, Mathias Enard donne au roman une lueur claire-obscure : le narrateur (ou narratrice) observe cet amant qui ne veut se laisser aller à s'aimer ou à aimer. « Ton ivresse est si douce qu'elle me grise. Tu souffles doucement. Tu es en vie. J'aimerais passer de ton coté du monde, voir tes songes. Rêves tu d'un amour blanc, fragile, là-bas, si loin ? D'une enfance, d'un palais perdu ? Je sais que je n'y ai pas ma place. Qu'aucun de nous n'y aura sa place.... Je devine ton destin. Tu resteras dans la lumière, on te célèbrera, tu seras riche. Ton nom immense comme une forteresse nous dissimulera de son ombre. »
Et dans ce roman très court, on accompagne l'artiste, ses doutes et son opposition à Leonard de Vinci, son concurrent, ou d'autres artistes de la Renaissance tels que Raphael. On s'y promène à ses cotés dans cette ville où chrétiens et ottomans s'affrontent et se succèdent. On y observe les jeux secrets de la cour, les manigances, les complots...
Superbe roman, écrit avec une plume aussi sensuelle que précise, où les mots bercent le lecteur et le charment d'un bout à l'autre, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (magnifique titre emprunté à Kipling) est une ode sensuelle et ensorcelante. Le jeu de mot sera facile, certes, mais pour moi un travail d'orfèvre ciselé à la perfection.
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Ena rd
Actes Sud, août 2010, 154 pages
06:08 Publié dans *Litterature Française*, Rentrée littéraire 2010 | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
| Tags : rentrée littéraire 2010, michel ange, constantinople, renaissance, une réussite de la rentrée |
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Commentaires
Si je pouvais je lirais toute la rentrée chez Actes Sud ! Je pense que je vais déjà me procurer "Zone" qui vient de sortir en poche et dont on m'avait dit beaucoup de bien !
Écrit par : Stephie | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireje suis très tentée moi aussi, surtout lorsqu'on mélange art et littérature
Écrit par : niki | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'aime énormément le titre, qui me fait déjà rêver... Et ton billet me donne encore plus envie de le lire : je note !
Écrit par : Céline | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup ce genre d'intrigue historique. Je le note
Écrit par : zorane | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireJe l'ai sous le coude... lecture prévue très bientôt!
Écrit par : Gwenaelle | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireIl y a quelque chose de tentant, mais j'ai toujours beaucoup de mal avec le roman historique, j'fais plutôt dans le contemporain. On l'voit plus trop à la Nouvelle Star, Leonard de Vinci...
Écrit par : LVE | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireOooooooh, ça me tente, ça!!! C'est le genre de truc qui peut tout à fait m'accrocher!
Écrit par : Karine:) | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireDéjà noté grâce à Télérama je crois. Tu enfonces joliment le clou.
Écrit par : Valérie | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireComme Valérie, la photo et le commentaire dans Télérama me l'ont déjà fait noter... Tu ne me dissuades pas, loin de là !
Écrit par : kathel | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireTrès tentant en effet ! J'adore le titre ! ;-)
Écrit par : Noukette | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireBon, je suis en train de le lire et je n'accroche pas. L'écriture ne me parle pas du tout. Mais je persevere.
Écrit par : bene | 25.08.2010
Répondre à ce commentaireoui un magnifique roman aux charmes envoûtants... mon billet est prêt et dans quelques jours posté sur mon blog...
Écrit par : La Ruelle bleue | 25.08.2010
Répondre à ce commentaireTrop branchée lecture contemporaine en ce moment pour être tentée par cette lecture, mais pour plus tard peut-être ? J'ai d'ailleurs fait une bonne expérience récente sur le mélange fiction et personnages réels tout récemment (La trilogie berlinoise de Ph. Kerr) qui m'incite à noter celui-ci !
Écrit par : Pickwick | 25.08.2010
Répondre à ce commentaireJusque là il ne me tentait pas plus que ça, malgré Michel Ange, mais après ce billet je vais revoir mes positions :-))
Écrit par : Papillon | 25.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'en entends parler en bien mais le sujet ne me tente décidemment pas...
Écrit par : choco | 26.08.2010
Répondre à ce commentairemoi j'ai abandonné en plein milieu. Et tous les gens que je connais qui avait lu "Zone", très différent de celui ci, ont été plutôt déçu... Mais je connais aussi beaucoup d'autres personnes qui ont adoré celui là !
Écrit par : emeraude | 28.08.2010
Répondre à ce commentairePeinture et Littérature = directement dans la LAL :)
Écrit par : **Fleur** | 28.08.2010
Répondre à ce commentaireC'est terrible la vie de blogueuse : on rencontre une blogueuse qui en parle très bien, on se dit mince puis-je vraiment remettre cette lecture à plus tard, et là, paf, on tombe dessus juste en arrivant gare de Lyon après le pique-nique de la blogo. Comment ne pas craquer, hein, j'me l'demande :) mais je sens que je ne vais pas regretter !
Écrit par : Pickwick | 30.08.2010
Répondre à ce commentaireAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh! Ok, je vais le lire!
Écrit par : chiffonnette | 01.09.2010
Répondre à ce commentaireJ'ai vu l'auteur à la grande librairie hier et j'ai très envie d'acheter son roman. Et ton article finit de me décider !!
Écrit par : Titine | 17.09.2010
Répondre à ce commentaireBeau titre, belle couv', beau style (en particulier concernant les descriptions d'Istanbul), mais je me suis vite ennuyé: tout paraît survolé, je ne me suis pas attaché à Michel-Ange, et l'intrigue manque clairement de consistance. C'est le type de roman où tout est axé sur le style et rien sur l'histoire. Pas vraiment mon type de lecture...
Écrit par : Nico | 14.11.2010
Répondre à ce commentaireDe bien belles pages dans ce roman, même s'il est vrai que Michel-Ange n'est pas très attachant, comme tu le dis Nico. En revanche, Mesihi est bien séduisant...
Écrit par : Lilali | 11.12.2010
Répondre à ce commentaireJ'avais peur de lire "Zone", aussi quand j'ai vu que les lycéens lui avaient décerné leur prix Goncourt, je me suis dit qu'il fallait que je découvre cet auteur ... les lycéens ont toujours le nez fin, malgré ce qu'on peut dire de leurs lectures.
Eh bien, encore une fois, ils ne se sont pas trompés. Une oeuvre vraiment éclatante de sobriété. J'ai vraiment aimé.
Il me reste du coup à découvrir "Zone".
Écrit par : Leiloona | 08.02.2011
Répondre à ce commentaire@Leiloona
J'avais adoré Zone, beaucoup de souffle, presque un tourbillon... très très fort de mon point de vue (mais à vrai dire les points de vue sont très partagés sur ce livre)...
Écrit par : Lilali | 09.02.2011
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Écrit par : Cuné | 24.08.2010
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