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20.08.2010
Le livre de Dave – Will Self
Compliqué, barré, n'importe quoi... c'est quoi ce style ? , j'y comprends que dalle,
waouh ça y est je pige... il m'en aura fallu du temps pour me faire à l'écriture de Will Self et au parler des habitants de l'île de Ham. Un langage à la fois déstructuré où l'argot et le langage sms se mélangent dans une écriture hasardeuse, celle des survivants du grand déluge qui a englouti le monde près de 500 ans auparavant.
Des survivants il y en a eu. Ils ont trouvé enfoui dans la terre un livre qui est devenu leur bible, leurs tables, leurs lois à lui tout seul. Et son auteur leur nouveau Dieu ou prophète.
Le seul truc, c'est que ce livre, c'est le livre de Dave, chauffeur de taxi londonien qui détestait tout le monde y compris lui-même et a déversé dans un livre toute la haine et la colère dont il est rempli depuis que sa femme l'a quitté, lui enlevant son fils unique.
Cinq cent ans plus tard, les hommes et femmes appliquent les règles de Dave, jusqu'à la gardalternée ou les cepourouman qui remplacent le bonjour du vingtième siècle... Parce que Dave avait écrit dans un délire hallucinatoire ses Nouvelles Lois, celles qu'il érigerait s'il devait Refaire le Monde. Dans son délire, Dave se confond avec Dieu qui lui révèle son texte, à savoir la Connaissance, texte où se mêlent la « compréhension encyclopédique des rues de Londres », en « trois cent vingt itinéraires qui sont un plan du Londres futur » ainsi qu'un ensemble de doctrines et d'alliances où sont détaillées la Nouvelle Vertu, les Règles du Mariage... et, surtout, une séparation formelle des hommes et des femmes, les enfants étant élevés en alternance par leurs pères et leurs mères. Le Chauffeur a enterré le tout et voilà que quelques siècles plus tard son délire est devenu une religion...
Un style et une histoire difficiles à intégrer, d'autant que le Dave n'était pas à proprement dire le bonhomme auquel je demanderai d'écrire les règles qui définiraient les futures lois d'un Nouveau Monde, mais, au fil des pages et des « hann, bon sang, j'y arrive pas.. pff.. » et autre soupirs làs, la curiosité finit par être titillée, l'intérêt aiguisé, on se laisse porter par le tout et on essaie de ne pas se laisser distancier par une histoire dont on a envie de connaître la fin.
Parce que petit à petit, on se laisse attendrir par Dave, on s'habitue aux changements de rythme et d'époque (Will Self alterne notre époque et celle des habitants de Ham, tout en faisant là-aussi des allers-retours dans le temps). On se prend à suivre l'évolution des Hamsters (oui oui, vous comprenez, allez, cherchez.. Ham.. Hampstead.. voilà vous avez compris), à s'intéresser à leurs questions, leurs révoltes, leurs quêtes... Parce que si Will Self saupoudre son roman de locutions hachées, de langage sms donc et d'écritures purement phoniques (fortement déstabilisant au début mais qui heureusement s'estompent, on comprendra pourquoi – à propos chapeau bas au traducteur), il mitonne au final un conte assez prenant, où les religions et la fascination pour les prophètes sont disséquées pour être mieux laminées, où tout simplement un conte dans lequel un homme perd le nord quand, petit à petit mais inéluctablement, il se fait détruire par la maladie, certes, mais aussi une société et une femme sans pitié.
Et non seulement on s'attache plus ou moins à ce fou furieux qu'est Dave, mais on se surprend également à suivre avec attention l'évolution de Carl Symun, le jeune garçon venu de Ham, des siècles plus tard, le chemin qu'il emprunte pour fuir Ham et remettre en cause les Loi érigés par les Chauffeurs, les Gus, accompagné de ses opaires (jeunes femmes s'occupant des enfants) ou des homos (hommes ou femmes ayant renoncé à avoir des enfants), ou des motos (sortes d'animaux hybrides) accompagnés de leurs mobylettes (enfants des motos)... Parce que certains Chauffeurs remettent en cause le Livre de Dave...et recherchent un autre Livre, … une autre Loi, écrite elle aussi par Dave, un Nouveau Londres qui serait moins dogmatique, plus tolérant...tandis que les gardiens de l'Ancienne religion s'éfforcent de museler cette voix rebelle qui les remet en cause et risque de bousculer leur dogme et surtout leurs avantages.
Heureusement, un lexique en fin de roman donne les définitions de cette nouvelle civilisation (en guise d'exemple, je vous dirais... AàZ = plan, Arpee = langue soutenue et parlée par les notables (du bon anglais, donc) chauffeur = prêtre, Evian = eau, Jeannot = lapin, MadeinChina = Création, Piaule à connard = palais, Prolo = esclave, ...).
Pas facile, donc, cet ovni que je me garderais finalement bien de qualifier (anticipation ? satyre ? conte moderne ?).. un mélange difficile à analyser mais qui est suffisamment hors du commun pour donner envie d'en arriver au bout.
J'ai réussi, et je ne le regrette pas, même si cela reste pour moi un Ovni... particulièrement étonnant. Je le referme à la fois pantoise et admirative.
Le livre de Dave, Will Self
Editions de l'Olivier, août 2010, 540 pages
Traduit de l'anglais par Robert Davreu
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, Rentrée littéraire 2010 | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : rentrée littéraire 2010, nouveau monde, will self, anticipation, conte moderne ?, impressionnant, au final, heu.. je sais pas.. |
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Commentaires
Intéressant. Je suis bien curieuse de découvrir ce livre!
Écrit par : bene | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireAh tiens. Ce livre est dans ma "wish list rentrée littéraire". J'avais lu un résumé qui m'avait bien accrochée.
Et ton billet me conforte dans cette idée.
Ce ne sera peut-être pas "facile" à lire, mais ca risque d'être chouette!
Je le garde dans ma liste ;)
Écrit par : Lalou | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireAh, ah, ah, gniark, gniark... c'est celui qui m'attend sagement sur le haut de la pile... je me doutais qu'il était salé. Apprendre de ton billet qu'il est coriace ne m'étonne pas... Allez, je vais suivre ton exemple et m'accrocher... Comme une sorte de rodéo ? Will Self parviendra-t-il à me désarçonner ? à suivre...
Écrit par : La Ruelle bleue | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireDe Will Self, je me souviens d'un livre abandonné très vite et aussi d'une nouvelle qui m'avait beaucoup intriguée "L'annuaire des morts du nord de Londres" qui a ensuite donnée lieu à un roman "Ainsi vivent les morts"... Bref, je ne me crois pas capable de lire cet auteur sauf dans une forme brève ! Trop spécial pour moi !
Écrit par : kathel | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireC'est suffisament bizarre dans le style pour que j'ai une envie irreprécible d'essayer
Écrit par : Kikine | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireUn livre qui finirait à coup sûr jeté contre un mur dans un hurlement de rage!
Écrit par : juliette | 20.08.2010
Répondre à ce commentaireJe crois que j'ai beaucoup trop de choses à lire déjà pour m'embarquer dans cette lecture ;-)
Écrit par : Stephie | 21.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'avais lu à l'époque "Dorian, une imitation" qui ne m'a pas vraiment convaincu. Je ne pense pas lire celui-ci. Pourtant l'idée de base est originale.
Écrit par : Manu | 21.08.2010
Répondre à ce commentaireBon finalement j'ai lu ton billet, et maintenant j'ai très peur... parce que ne l'oublions pas, j'ai ce livre en anglais... en même temps, je sens que ça va me plaire, ça a l'air complètement fou :)
Écrit par : Cryssilda | 21.08.2010
Répondre à ce commentaireIntrigante cette note... J'ai repéré le livre en librairie, et il me tente !
Écrit par : Céline | 22.08.2010
Répondre à ce commentaireJe crois que ce serait un peu trop pour mon pauvre petit cerveau ! Je passe !
Écrit par : Joelle | 23.08.2010
Répondre à ce commentaireAh oui, ça fait drôlement ovni. Mais il y a "livre" dans le titre alors bon, je ne suis pas capable de dire non!! Et je vais voir en VO ce que ça peut donner!
Écrit par : Karine:) | 23.08.2010
Répondre à ce commentaireca m'a quand même l'air bien barré tout ça..., peut-être un peu trop pour moi !
Écrit par : Noukette | 24.08.2010
Répondre à ce commentaireJe l'avais demandé pour l'opération "Chroniques de la rentrée littéraire" avec Ulike, mais malheureusement je n'ai pas été retenue; ça m'avait l'air pile barré comme j'aime, et ce billet ne fait que confirmer mon instinct : je le veux!
Merci pour ce billet très intéressant.
x
Écrit par : Aventures hétéroclites | 25.08.2010
Répondre à ce commentaireJe suis très intriguée par ce livre. Ce n'est pas du tout mon style mais je pense tenter. Peut-être pas tout de suite par contre car je suis complètement surchargée et je pense qu'il vaut mieux lire ce livre à tête reposée...
Écrit par : zarline | 26.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'attendais cette traduction depuis des siècles !!
(curieusement, d'autres romans plus récents de cet auteur ont été traduits avant celui-là).
J'adore la bizarrerie de Will Self, et j'ain passé d'excellents moments avec "Mon idée du plaisir" et "Les grands singes".
Écrit par : Ingannmic | 27.08.2010
Répondre à ce commentairej'ai essayé de m'accrocher mais je n'ai pas réussi non plus ! Je n'abandonne pas l'idée d'essayer un peu plus tard...
Écrit par : emeraude | 28.08.2010
Répondre à ce commentaireJe viens de le finir et je n'ai découvert qu'à la fin qu'il y avait un lexique. Enfin, ça va, avec le contexte, j'avais à peu près tout compris.
Par contre, ma traduction ne semble pas être la même : cepourouman est chez moi ouvaton, chef, et gardalternée devient l'Alternance.
Écrit par : lulu | 14.03.2011
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Écrit par : Celine | 20.08.2010
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