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26.08.2010
Une bien étrange attraction – Tom Robbins
« Songez un peu à la nonchalance paisible de la saucisse, comparée à l’agressivité et à la violence du bacon ».

Y’a des auteurs, comme ça, qui vous agacent prodigieusement lors de votre première rencontre. Ce fut le cas de Tom Robbins, l’an dernier, avec « Comme la grenouille sur son nénuphar ». Lui et moi, on était partis bon copains, voire franchement complices dans les premiers kilomètres, puis peu à peu il m’avait épuisé avec des blagues scatologiques et son humour trop en dessous de la ceinture. Rupture d’un consentement mutuel, on se sépare tout en restant bons amis, parce qu’il est quand même sacrément culotté, et j’aime ça, moi, les gens culottés.
Du coup, cette année, je me suis dit que Tommy et moi (oui, je donne des surnoms à mes amis, tous) Tommy et moi, donc, on pourrait peut-être tenter de refaire un bout de chemin ensemble, vu que « Une bien étrange attraction » est arrivé entre mes mains.
Et beh, au début, il s’en est fallu de peu pour que je demande à nouveau le divorce. Parce que l’histoire d’Amanda (ce qui prouve bien qu’il ne m’en voulait pas, hein !), de John Paul, Marx, Mon Cul, Plucky m’a totalement échappé dès les premières pages.
Je précise dès à présent que Mon Cul est un babouin de compagnie. Et que Le Corps fera aussi son apparition. Le Corps, c’est le corps du Christ, évidemment.
Amanda, donc, est une jeune femme un peu gitane, un peu voyante, un peu dresseuse de puces, un peu tcharbée selon nos « critères sociaux », qui partage sa vie avec John Paul Ziller, magicien, artiste, cuisinier es hot-dogs, tout aussi fêlé du ciboulot, toujours selon nos pauvre petits critères sociaux. Ces deux là vivent presque d’amour et d’eau fraîche, célèbrent l’amour libre et ouvrent un zoo pour puces et autres petites bestioles.
On y annonce la venue du Corps dans la quatrième de couverture, sachez qu’il n’arrivera qu’après la deuxième moitié du roman. Aussi, il est difficile de comprendre les délires psychédéliques de Tom Robbins au début. Mais, à la différence de l’histoire des batraciens, on se laisse prendre au jeu et on part dans ce délire qui semble avoir été écrit sous influence de champignons hallucinatoires. Ça met un peu la tête à l’envers, comme dirait l’autre, mais c’est tellement hallucinant qu’on s’y attache.
Quand Plumcky, le faux espion, arrive du Vatican où il a dérobé le Corps du Christ qu’il a trouvé par hasard au fin fond d’une crypte après un séisme, qu’il l’a déguisé en bonne sœur et lui a fait traverser l’Atlantique, le roman prend une autre saveur. Robins s’amuse comme un fou : le christianisme, l’église, les bien-pensants, la morale… tout y passe, ça pourrait choquer mais c’est écrit avec un humour tordant et bien piquant comme on aime. Irrévérencieux, certes, mais au final plutôt délicieux, et sacrément intelligent, quand on y pense.
Ajoutez y des interventions directes de l’auteur (Robbins ? le croyez-vous ?) qui vient expliquer comment il écrit, des pastèques bavardes, des papillons (beaucoup de papillons). Secouez le tout en sautant tout nu dans votre jardin. Si vous n'avez pas de jardin, le restaurant d'entreprise à l'heure du déjeûner suffira. N’oubliez pas de vous munir d’une bonne dose d’humour et d’un peu de cynisme. Jetez évidemment votre pragmatisme, vos a priori et votre bon sens par la fenêtre ou encore mieux à la figure du premier trouble fête venu et savourez.
« Pas plus qu’un plombier amateur peut nier l’eau qui monte sur le sol de la salle de bains, je ne peux nier le rythme chaotique de ce manuscrit, ses contradictions, sa confusion, ses digressions (oh là là) ses mille et un changements de style. En ce qui concerne ces incohérences stylistiques, Amanda m’a dit un jour que c’est la tendance naturelle des Cancer d’être facilement et efficacement influencés, de laisser le style des autres déteindre sur eux à volonté, et donc, si le lecteur est plutôt sensible au zodiaque (et je maintiens que je ne le suis pas), peut-être que je pourrai me tirer d’affaire en révélant mon appartenance au signe du Cancer. Bien sur, un excuse astrologique ne suffira pas aux yeux des critiques littéraires ou des professeurs de littérature, mais ils n’ont aucune raison de venir fourrer leur nez dans un document de ce genre, de toute façon. »
Une bien étrange attraction – Tom Robbins
Gallmeister, août 2010, 388 pages
L’interview qu’il a accordé à Chronic’art en 2009
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, Rentrée littéraire 2010 | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : rentree litteraire 2010, humour, délires, vatican, zoo, puces dressées, babouins, ... |
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Commentaires
Contrairement à toi j'avais a-do-ré la grenouille et là , bizarrement, je n'ai qu'un mauvais pressentiment...:)
Écrit par : cathulu | 26.08.2010
Répondre à ce commentaireJe n'accroche pas avec cet auteur... Les bons mots sont trop systématiques pour moi. Et je ne suis pas fan des interventions des auteurs ou des narrateurs qui s'adressent au lecteur.
Écrit par : juliette | 26.08.2010
Répondre à ce commentairePerso, j'ai beaucoup aimé ! Au début, on se demande bien si c'est du lard ou du cochon puis après quand tu rentres dans le délire de l'auteur, ça n'est que du bonheur !
Écrit par : choco | 26.08.2010
Répondre à ce commentaireJ'avoue avoir abandonné La grenouille à son nénuphar favori...Alors?
Écrit par : keisha | 26.08.2010
Répondre à ce commentaireJe pourrais reprendre mot pour mot le commentaire de Cathulu !
Écrit par : Brize | 26.08.2010
Répondre à ce commentaireJe passe aussi. Cela dit, ça me fait un immense plaisir de repasser chez toi :)
Écrit par : maijo | 27.08.2010
Répondre à ce commentaireC'est un type de roman qui ne m'attire pas du tout, le premier ne m'avait pas intéressé et je laisse aussi celui ci
En tous cas si procès, avocats, divorce il doit y avoir je peux être témoin à charge :-)
Écrit par : Dominique | 27.08.2010
Répondre à ce commentaireC'est malheureusement un humour qui me fait fuir.
Pas grave, si vous divorcez un jour, je ne te le piquerai pas ! :P
Écrit par : Leiloona | 28.08.2010
Répondre à ce commentairela citation d'ouverture est particulière... je crois que je vais passer!
Écrit par : choupynette | 28.08.2010
Répondre à ce commentaireJe suis assez intriguée. Je le note malgré tout
Écrit par : zorane | 29.08.2010
Répondre à ce commentaireOups ! ça a l'air effectivement bien barré, je ne pense pas que ce soit pour moi ! ;-)
Écrit par : Noukette | 29.08.2010
Répondre à ce commentaireJe ne sais plus où j'en suis. J'ai passé par tous les stades, noté, tracé, renoté, retracé, puis re re noté. Ton billet me donne envie de re re tracer.
Écrit par : Theoma | 30.08.2010
Répondre à ce commentaireil faut avouer que Tommy (je peux ?) et son imagination débridée avec métaphores incongrues toutes les quatre lignes peut fatiguer les nerfs... qu'Amanda, eh bien j'avais envie de la gifler toutes les trois pages, mais que somme toute, on arrive au bout essoufflée et cul par desssus tête et que ce n'est pas si désagréable !
Écrit par : La Ruelle bleue | 03.09.2010
Répondre à ce commentaireJe l'ai découvert cette année avec "Même les cow-girls ont du vague à l'âme" et j'ai été complètement séduite.
C'est un auteur qui agace ou qu'on admire, le style on rentre dedans ou on reste à des années lumière.
J'ai moins aimé celui-ci, plus l'effet de découverte j'imagine. Mais une grande aventure littéraire à tester sans modération!
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Écrit par : Aventures hétéroclites | 07.11.2010
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Écrit par : Cuné | 26.08.2010
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