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01.07.2010
Gotham – Xavier Mauméjean
Quand on parle de jungle urbaine, on imagine généralement des milliers de jeunes urbains (ou moins jeunes), déambulant le nez dans leur café ou le téléphone collé à l’oreille, pressés, ne faisant attention à personne d’autre qu’à soi. Chacun vaque à ses occupations, on se croise, on ne se parle pas et le tout forme une masse informe qui court dans tous les sens.
La jungle urbaine, ce pourrait aussi être l’équipe de MacManus, une agence de publicité new yorkaise où le culte de la réussite est roi, où l’on s’acharne à vendre de tout et surtout du vide aux passants, aux spectateurs, aux lecteurs. Mais dans cette jungle urbaine un événement va faire tâche : le suicide de Rudy Bernstein. On voulait qu’il se creuse la cervelle ? Qu’à cela ne tienne. Rudy met sa tête dans un étau et tourne la manivelle jusqu’à ce que cervelle se creuse.
En fait, la jungle urbaine, c’est ce que va bâtir en deux jours Jonhathan Pylke, l’un des associés de Mac Manus. Jonhatan, après le suicide de Bernstein, va petit à petit sombrer dans une démence qui l’amène, en deux jours, à se transformer en bête sauvage, dans le sens premier du terme. Dans la jungle tout aussi réelle qu’il aura créée dans son loft de Tri Be Ca.
Jonathan Pike, communicateur de génie, disjoncte totalement. Et, avec lui, insensiblement, quelques personnages, dont l’ethno-psychiâtre Una Sanders, qui cherche à comprendre pourquoi Rudy a décoré de sa cervelle le magnifique Yves Klein de son bureau (« Une fois seul, Jonathan demeura de longues minutes face au bleu d’Yves Klein, maculé de sang. Les striures écarlates conféraient une nouvelle harmonie à la composition, comme un équilibre hasardeux, et beau. Assurément, ce que Rudy avait fait de mieux ces derniers temps. De loin. »). Petit à petit on en apprendra un peu plus sur les raisons qui ont amené Jonathan à disjoncter.
C’est un humour à froid, grinçant et souvent morbide que nous sert Xavier Mauméjean avec Gotham. Du monde de la publicité, de la politique, de la réussite sociale qu’il faut afficher, toute la manipulation sociale passe à la moulinette d’une verve et une imagination décuplée.
La jungle urbaine se transforme en jungle tout court où seule la survie compte, les mensonges de la publicité, de la politique, du « regardez comme j’ai réussi », de la psychiatrie aussi sont lacérés par une fable étonnante et féroce, à quelques endroits hasardeuse (quelques changements de narration sont inutiles), mais dans l’ensemble réussie, à la fois drôle et glaçante.
Gotham, Xavier Mauméjean
La Baleine Noire, novembre 2007, 267 pages
06:00 Publié dans *Litterature Française*, *SF, Anticipation, Fantasy* | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : new york, consommation, folie, pêtage de plombs, ethno-psychiâtre quel beau métier...
Commentaires
Wouah, j'ai comme l'impression que ce livre ne va pas rester longtemps dans ma LAL où je viens de le noter et de le surligner.
Écrit par : Pickwick | 01.07.2010
Répondre à ce commentaireMoi j'avoue que la couverture me fait peur, raison pour laquelle ce billet est longtemps resté dans mon GR sans que je l'ouvre !
Écrit par : Manu | 03.07.2010
Répondre à ce commentaireLe thème me fait penser à "American Psycho": réveiller sur l'absurdité de la quête matérielle. Le problème: ceux qui le lisent et reçoivent le message ne sont pas ceux qui en ont vraiment besoin, je le lirai quand même...pour le plaisir d'avoir raison!
Écrit par : La Nymphette | 10.07.2010
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Écrit par : LVE | 01.07.2010
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