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28.06.2010
Manhattan Transfer - John Dos Passos
« Je crois que cette ville est pleine de gens qui veulent des choses inconcevables… »
C’est particulier, Dos Passos. C’est même assez troublant. On s’y perd, on lâche le fil, on le retrouve, on essaie de ne pas se laisser distancer alors on s’accroche et on se retrouve embarqué dans un flux de personnages et d’histoires enchevêtrées, imbriquées comme une pelote de laine avec laquelle aurait joué un chat facétieux.
Et puis, de fil en aiguille, on finit par être pris dans la trame, on s’attache aux maillons, on s’accroche et on est finalement bien content d’avoir pris part au voyage.
Pour l’histoire, ou plutôt les histoires, ce sont des gens, des hommes, des femmes, des aisés, des ambitieux, des révoltés, des migrants ou des déshérités, tous obnubilés par le désir de réussir en ce début de vingtième siècle. Réussir une carrière, une affaire, une vie. En changer, aussi. Réussir et trouver ce qu’ils cherchent. Pour l’un, ce sera faire fortune, pour l’autre une carrière théâtrale, pour l’autre vivre libre, ou assurer l'avenir de son enfant, un avenir meilleur avec d'autres armes que celles que l'on a eu soi-même, pour d'autres trouver la reconnaissance, celle de soi, celle des autres.
Tous ces personnages se croisent, se rencontrent, se parlent. Ils s’aiment, se haïssent, se séparent et se retrouvent mais tous sont reliés par un même fil, celui du bonheur qu’ils cherchent tout simplement à atteindre. Un bonheur qui revêt des formes différentes et qui n’arrivera pas toujours.
New York est la ville de tous les possibles, dit-on. Elle est ici omniprésente. Dos Passos ne se perd pas en descriptions mais on palpe cette ville tentaculaire à chaque tournant de rue, chaque théâtre, chaque quai ou bateau. La ville enveloppe les personnages, les entoure d’un halo qui représente l’aboutissement d’un rêve pour certains ou un hydre à fuir pour d’autres. Elle est le terre-plein central sur lequel évoluent les personnages, leur point d’ancrage autant que leur source de désespoirs. Un paysage en arrière plan qui cristallise les fantasmes et les espoirs d'une dizaine d'hommes et de femmes et qui devient par là-même un personnage de premier plan.
Au travers une narration elliptique, fractionnée en autant de petites scènes qui viennent s’empiler, on passe d’un personnage à l’autre, on fait des sauts dans le temps, brutalement, au travers le cantique des cantiques ou d'autres citations évoquées, citées, parfois psalmodiées, on se perd dans un labyrinthe d’histoires, et on a l’impression, au final, d’être une de ces petites fourmis.
Et moi, être une petite fourmi new-yorkaise, ça me va très bien.
Manhattan Transfer, John Dos Passos
Folio, 505 pages, octobre 2009
Merci encore à Dasola !
06:00 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne*, *Littérature Italienne* | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
| Tags : new york, encore et encore, quête du bonheur, histoires croisées, broadway |
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Commentaires
a lire d'urgence donc!!! merci de me le rappeler!
Écrit par : béné | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireBonjour Amanda, tu l'as lu vite. Je suis contente. Moi qui ne relis pas, il faudrait que je m'y remette. J'ai retrouvé mon édition d'il y a plus de 20 ans. J'avais vraiment aimé. C'est un découpage savant mais on ne se perd jamais. Je trouve que Dos Passos devrait être redécouvert, il le mérite. Ce n'est pas un auteur dont on parle beaucoup et c'est dommage. Bonne journée.
Écrit par : dasola | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireVoilà l'exemple type de livre lu il y a longtemps, probablement trop tôt dans ma "carrière" de lecteur, et dont je n'ai plus le moindre souvenir...
Écrit par : LVE | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireC'est un livre que j'ai lu il y a un peu plus d'un an et qui m'a bouleversé. Je suis d'accord avec toi, il faut s'accrocher, c'est un roman qui ne se dompte pas facilement. Peut-être qu'effectivement il ne faut pas le lire trop jeune.
Écrit par : Solène | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireC'est un livre que j'ai lu il y a un peu plus d'un an et qui m'a bouleversé. Je suis d'accord avec toi, il faut s'accrocher, c'est un roman qui ne se dompte pas facilement. Peut-être qu'effectivement il ne faut pas le lire trop jeune.
Écrit par : Solène | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireLittérature américaine de la première partie du siècle dernier, je suis heureux qu'on le relise, c'est devenu un classique (ce n'est pas péjoratif)comme Steinbeck, ou Pearl Buck,
Écrit par : Le papou | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireJe me suis replongé dans les sensations dingues que procure ce livre en lisant ton billet, donc merci ! L'impression d'etre dans une ville qui mange et dépasse tout, un truc géant ! J'ai un peu retrouvé ça avec Norman Mailer d'ailleurs récemment... J'ai très envie de relire Manhattan Transfert maintenant, c'est malin ;)
Écrit par : Pickwick | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireBon, je note mais cet auteur continue à m'effrayer !
Écrit par : Manu | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireLa construction est très efficace pour faire sentir la ville, c'est d'ailleurs tout ce dont je me souviens: des fragments, de la ville et des habitants. Et tu confirmes mon envie de le relire!
Écrit par : Mo | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireTrès intriguant ! J'ai toujours perçu ce roman comme un classique effrayant, mais que la ville soit à ce point au centre du récit, ça peut vraiment donner quelque chose d'intéressant... Puis ce "labyrinthe d'histoires", ça doit vraiment ressembler à NY :-)
Écrit par : erzébeth | 29.06.2010
Répondre à ce commentaireCe que tu en dis est vraiment tentant. Allez-, hop, je le note.
Écrit par : Auguri | 29.06.2010
Répondre à ce commentaireun auteur que j'avais découvert grâce à ma prof d'anglais du lycée. Nous avions étudié la trilogie new-yorkaise. Un vrai régal! Il faudrait vraiment que je les relise. Et puis j'ai 1917, l'inition d'un homme qui m'attend dans ma pal.
Écrit par : choupynette | 29.06.2010
Répondre à ce commentaireJ'ai bien tentée de le lire mais je l'ai abandonné... pas facile à plonger dedans tout de même...
Écrit par : choco | 29.06.2010
Répondre à ce commentaireJe n'ai jamais lu cet auteur, mais il s'agit d'un classique américain, donc ça viendra forcément.
Écrit par : Lilly | 01.07.2010
Répondre à ce commentaireJ'ai lu il y a trèèèès longtemps 42è parallèle et j'avais plus qu'adoré. J'ai essayé de le relire il y a quelques mois mais j'ai vite arrêté, de peur d'être déçue par cette lecture qui m'avait plus qu'émerveillée adolescente..
Écrit par : emeraude | 01.07.2010
Répondre à ce commentaireJe suis ravie de voir cet auteur "ressortir" sur la blogosphère, j'ai dévoré ses livres il y a bien longtemps (adolescente, j'avais trouvé ses constructions fascinantes), il était depuis un peu mal aimé, alors qu'il mérite vraiment d'être découvert.
Merci donc !
Écrit par : Delphine | 02.07.2010
Répondre à ce commentaireIl est dans ma PAL depuis des années (j'avais trouvé un exemplaire poche des années 60 avec une couverture craquante) mais j'ai toujours eu peur de m'y lancer ! Ton billet m'inquiète d'autant plus que mon niveau de concentration est toujours proche de zéro !
Écrit par : Joelle | 15.08.2010
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Écrit par : mango | 28.06.2010
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