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15.12.2009
THIS IS NOT A LOVE SONG – JEAN-PHILIPPE BLONDEL
Partir pour ne pas revenir, c'est ce qu'a fait Vincent en quittant sa province française pour vivre avec Suzan, en Angleterre.
Partir pour ne pas mourir, aussi, parce que Vincent « tournait mal » selon ses parents, entre petits boulots, galères, chômage... Vincent qui à 27 ans n'avait rien fait de sa vie, rien bâti, rien construit, commencé pas mal de choses mais jamais rien fini. Vincent qui errait dans sa vie avec son ami Etienne, lui aussi en galère, en vadrouille...
Vincent est parti, il a suivi Suzan et commencé enfin quelque chose là-bas. Commencé et réussi : mariage, enfants, carrière...
Partir pour réussir, donc...
Dix ans après, Vincent revient dans sa ville natale. Une semaine chez ses parents, une semaine seul et la peur de revoir les fantômes du passé, notamment celui d'Etienne, qui lui n’est pas parti.
This is not a love song est un roman doux amer qui nous entraîne avec Vincent, ses doutes, ses reproches, sa culpabilité, dans un voyage où la nostalgie fraye avec la honte, la douceur avec la douleur. Vincent revient dans la maison de son enfance et voilà le passé qui lui revient en pleine figure.
Le roman est fragmenté en chapitres consacrés à chacun des jours que va passer Vincent chez parents. Au début le ton est plutôt cynique : celui de Vincent, bien sûr, qui méprise la petite vie bien rangée et provinciale que ceux qui ne sont pas partis, eux, continuent leur vie insipide et monotone. Ceci dit, au delà de cette atmosphère lénifiante des dîners en famille où personne n'a rien à se dire, de l'animation des villes de province le dimanche (heu... animation ?), des retrouvailles avec des anciens amis qui ne sont finalement pas si chaleureuses qu’on l’aurait espéré, j'y ai trouvé beaucoup plus de profondeur : Vincent s'efforce de jeter un regard hautain sur ceux qui ne sont pas partis, mais ce regard est aussi un bouclier, l'armure de celui qui est parti finalement plus par lâcheté que par courage. Car Vincent est parti pour fuir et non pas pour construire. S'il a construit, c'est bien après, presque par hasard, et je n'ai pas vu en Vincent, tout au moins au début, un véritable entrepreneur : si sa belle-famille ne l'avait pas aidé, le petit Frenchie aurait tout aussi bien pu devenir un SDF Outre Manche. Et c'est en ça que je l'ai trouvé humain, touchant, ce Vincent.
SDF outre manche, il ne l'est pas devenu, donc. Mais après quelques jours, après ce Mercredi qui va manquer dans la chronologie des chapitres, ce mercredi où tout va basculer pour Vincent, nous apprendrons le drame qui hante la vie de ceux qui sont restés, et que personne n'a voulu dire à Vincent.
Le roman devient à partir de là plus âcre, Jean-Philippe Blondel devient plus amer, plus direct. D'un roman nostalgique sur ce qui aurait pu advenir, nous plongeons dans un roman plus noir, sur la vie qui prend des chemins sacrément accidentés et sur les lâchetés du quotidien. Peut-on fermer les yeux pour ne pas voir ce qui les crève ? Peut-on regarder ailleurs en gardant bonne conscience ? C'est quoi, réussir sa vie ? Avoir un bon job, une belle femme (un beau mari) des enfants et une jolie maison ? Mais au prix de quelles concessions avec sa conscience ? Sa conscience vis à vis de soi-même, hein, pas la conscience citoyenne, celle là, il n'en est pas question ici. Ici, ce sont les chemins que nous empruntons, faits de lâchetés, de faiblesses, de courages avortés et de fausses bonnes actions destinées surtout à nous donner bonne conscience qui sont racontés. Le « non héros » de Jean-Philippe Blondel est tellement humain, tellement palpable (et c'est là l'une des qualités que je trouve à JPB : dessiner toujours justement ses personnages, sans explication inutile, juste en esquissant des scènes, en délivrant des pensées) est finalement bourré d'une sacrée part d'humanité : il est touchant, il est lâche et il est faible. Comme sont touchants et justes aussi tous les autres personnages du roman : les parents, effrayés à l'idée de revoir ce fils qui est parti, effrayés de le décevoir, lui qui vit maintenant à Londres, qui a réussi, effrayé aussi le frère Jérôme, ce frère qui avait tout pour réussir, lui, qui restait dans le droit chemin et aura finalement raté pas mal de choses, lui aussi, et les amis, Fanny, Olivier, Céline... effrayés parce qu'il va bien falloir que Vincent apprenne cette vérité que personne n'a eu le courage de lui dire, de lui avouer. On n'avoue pas les lâchetés en général, ni les siennes, ni celles des autres. Et n’est pas le plus courageux celui qui croit.
Bon allez, n'ayons pas peur de le dire : This is not a love song est le Blondel que je préfère, à ce jour.
This is not love song – Jean-Philippe Blondel
Pocket, 186 pages, octobre 2009
Les avis de Papillon, ICB, Thomas, Fashion, Laurence, Bill, Laure, Tamara, Caro[line], Saxaoul, Emeraude et sans doute d’autres encore (n’hésitez pas à me les signaler).
06:10 Publié dans *Litterature Française* | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
| Tags : culpabilité, lâcheté, faiblesse, province, réussite, sdf |
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Commentaires
Ce roman a l'air construit tout à fait comme celui que j'ai lu de l'auteur, "Le passage du gué". Ça ne me tente pas du tout, je sens que cette page de nostalgie m'ennuierait...
Écrit par : Ys | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireDans ce cas, je vais peut-être choisir ce titre pour découvrir l'auteur.
Écrit par : Stephie | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireC'est certainement le prochain titre de Blondel que je lirai. Je suis sous le charme de son écriture.
Écrit par : bladelor | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireTrès beau billet, ça me tenterait bien mais comme j'ai encore "le passage du gué" qui m'attend dans ma P.A.L. je vais être raisonnable et commencer par celui là.
Écrit par : L'or des chambres | 15.12.2009
Répondre à ce commentairece n'était pas mon préféré mais tu me donnes envie de le reconsidérer ! Et je n'avais encore jamais vu sa couverture en poche : je la trouve très belle !
Écrit par : Laure | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireMoi aussi c'est mon blondel préféré. D'ailleurs, je crois que je vais profiter de sa sortie en poche pour l'acheter et le relire !
http://saxaoul.canalblog.com/archives/2007/10/24/index.html
Écrit par : saxaoul | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireTon Blondel préféré! Je crois bien que ça vaut le coup! J'ai beaucoup aimé "Un minuscule inventaire" et "Accès direct..." mais moins "Passage du gué". Je suis tombée sous le charme du style de Blondel!
Écrit par : aBeiLLe | 15.12.2009
Répondre à ce commentaireje l'ai lu aussi, il y a presque deux ans maintenant (comme le temps passe vite !): http://lireetecrire.over-blog.fr/article-13369992.html
et comme toi, c'est mon préféré de Blondel (sachant que je n'avais pas spécialement apprécié mes lectures précédentes de cet auteur!)
Écrit par : Emeraude | 16.12.2009
Répondre à ce commentaireJe n'ai pas encore lu cet auteur mais j'ai très envie de le faire avec ce titre!!
Écrit par : lancellau | 16.12.2009
Répondre à ce commentaireWaouh ! tu m'as complètement convaincue avec ce billet ! En plus, il est sorti en poche :)
Écrit par : Choco | 16.12.2009
Répondre à ce commentaireToujours pas lu cet auteur ... pourtant très aimé sur la blogo' ! ;)
Écrit par : Leiloona | 17.12.2009
Répondre à ce commentaireC'est drôle, j'avais retenu des uns et des autres que celui-ci n'était pas si bon que ça... alors que ton billet me parle beaucoup! (hum, un peu comme tous les autres... C'est une catastrophe pour ma LAL de venir chez toi! ^_^) Caro[line] m'a proposé de me prêter ses Blondel : je vais peut-être me laisser tenter pour continuer ma découverte de cet auteur (je n'ai lu pour l'instant que "Accès direct à la plage", que j'ai bien aimé).
Écrit par : Lucile | 19.12.2009
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup l'écriture de Blondel, du moins, des deux que j'ai lus. Je me laisserai probablement tenter un jour! Comme Lucile, j'avais lu que c'était moins bien que les autres...
Écrit par : Karine:) | 20.12.2009
Répondre à ce commentaireC'est le 1er roman que j'ai lu de Philippe Blondel et ça a été un véritable coup de cœur pour moi ! Une découverte et aussi pour moi son roman préféré à ce jour !
Écrit par : Restling | 23.12.2009
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Écrit par : Mango | 15.12.2009
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