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05.11.2009
Et que le vaste monde poursuive sa course folle – Colum McCann
« Et que le vaste monde poursuive sa course folle vers d’infinis changements ». C’est au poème d’Alfred Lord Tennyson que
Colum McCann emprunte le très beau titre de son roman. Joli titre pour un roman que j’ai trouvé agréable à lire, quoiqu’un peu irrégulier.
Au pied du World Trade Centre, des hommes et des femmes marchent ou courent, chacun dans son quotidien, seuls au milieu des autres. Ils se croisent, s’effleurent, ne se regardent pas. Des silhouettes hagardes, plongées dans la course de la vie. Et puis lui, en haut, celui qu’un remarque, puis un autre, et encore un autre… Celui qui vole entre les tours, celui qui défie l’apesanteur, le funambule, l’ange qui flotte dans le ciel. D’un coup la ville s’arrête, les regards se tournent vers ce seul point infinitésimal dans le ciel… les trajectoires se figent et tous semblent communier autour d’un seul point : l’homme qui défie le ciel.
A partir d’un événement réel (Philippe Petit, funambule, a dressé un câble entre les tours du WTC le 7 août 1974, et franchi l’espace au dessus des 110 étages), Colum McCann bâtit un roman polyphonique où nous croiserons une succession de personnages touchants, mais inégaux. Les récits s’enchâssent et nous croisons Corrigan, le prêtre irlandais qui accueille les prostituées du Bronx, son frère Ciaran venu le rejoindre à New York, Jazzlyn, la prostituée « de mère en fille », ou bien Claire, riche épouse d’un juge New Yorkais qui pleure la mort de son fils unique au Viet Nâm et reçoit d’autres mères dépossédées de leurs enfants par la guerre.
J’ai aimé cette impression de toucher, d’effleurer quelques instants fragiles, cette impression de distinguer la grâce des personnages que Colum McCann insuffle à ses personnages. Derrière les vies qui se rouillent, qui vacillent à force de douleurs empilées, entassées, accumulées, derrière les solitudes qui se croisent se dessine un monde ou l’espoir est là, où la fraternité peut encore surgir comme une étincelle, pour s’éteindre aussitôt, puis revenir et repartir. J’ai aimé cette impression de m’immerger dans une course folle, moi aussi, et d’y assister, de regarder les trajectoires de ces personnages se croiser, se défaire. Courir en parallèle pour mieux s’entremêler et repartir chacune de leurs cotés, se nourrissant en partant d’un brin d’humanité partagée.
Pour autant, certains caractères sont et restent parfois stéreotypés : les personnages peuvent sembler caricaturaux. Le prêtre irlandais buveur et déchiré par l’attirance qu’il éprouve pour une femme, la riche New-Yorkaise qui a honte de sa fortune en recevant d’autres mères venues de quartiers pauvres, les prostituées, même touchantes, même belles, auront des destins tragiques.
Le style quant à lui m’a paru parfois superbe, certains passages m’ont transportée (le prologue concernant le funambule est à mes yeux très beau), et j’ai eu à d’autres moments l’impression d’une application peu naturelle, avec quelques formules faciles.
Je referme ce roman à la fois touchée par le dessein de l’auteur, touchée par certains moments de grâce, mais un peu gênée par d’autres aspects que je ne peux pas ne pas souligner : une histoire peut-être un peu trop « facile » et finalement pas très originale.
Mais un bon moment quand même, s’il faut trancher, au final.
Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Colum McCann
Belfond, septembre 2009, 431 pages
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Les avis recensés par Blog-o-Book, auxquels je rajoute ceux de Laurent et celui de Bartllebooth, que je rejoins.
10:35 Publié dans Litterature Anglo-saxonne, Rentrée littéraire Automne 2009 | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : new york, solitude, détresse
Commentaires
Un très joli billet mais vu ma PAL, j'attendrai tranquillement qu'il sorte en poche:)
Ecrit par : cathulu | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireC'est chouette que tu parles de ce livre, je le guette du coin de l'oeil depuis quelques temps. Je suis fascinée par Philippe Petit et ses performances. Je viens d'ailleurs d'acheter son "traité du funambulisme". Dis (petite voix), tu voudrais-bien me le prêter ?
Ecrit par : Laëtitia | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai moi-aussi beaucoup aimé ce livre que j'ai lu il y a quelques jours. J'ai été touchée par le destin de ces personnages qui vont se croiser et l'histoire de ce funambule en fil rouge dans le livre est extraordinaire.
Ecrit par : Aproposdelivres | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireJe le lirai, car c'est un auteur qui m'a fait faire de jolies découvertes, même si Dancer en VO m'avait paru longuet. Il sera peut-être en poche quand j'aurai le temps de le lire ! ;-)
Ecrit par : kathel | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai une amie qui peut me le prêter, mais je ne suis pas plus pressée que ça...
Ecrit par : Brize | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai entendu des avis très divergents au "Masque et la Plume" de France Inter et lu d'autres avis aussi variés sur plusieurs blogs ! D'un coup, je ne sais plus trop que penser ... Si ce n'est que je le lirai à sa sortie en poche. Cela me laisse un peu de temps pour oublier ce que j'ai lu et entendu et me faire ma propre opinion ;-D
Ecrit par : Nanne | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireJe suis en train de lire ce livre. Et je m'ennuie ! Heureusement je l'ai presque fini, j'ai hâte d'arriver au bout. L'écriture est soignée, impeccable, mais je ne parviens à accrocher ni à l'histoire, ni aux personnages...
Ecrit par : Marie | 05.11.2009
Répondre à ce commentaireTans pis, il finira bien par croiser ma route :-)
Ecrit par : Laëtitia | 06.11.2009
Répondre à ce commentairemerci pour le lien sur mon blog
McCann a un réel talent, mais là cela tourne parfois à vide. J'ai lu tous ses livres hormis Zoli dont le sujet ne me parlait pas et les saisons de la nuit sont à conseiller ainsi que la rivière de l'exil recueil de nouvelles ou je crois que McCann est à son meilleur
Ecrit par : bartllebooth | 11.11.2009
Répondre à ce commentaireJe pense que je le lirai malgré ton avis mitigé... ne serait-ce que pour le titre!!
Ecrit par : Karine:) | 13.11.2009
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Ecrit par : Mango | 05.11.2009
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