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14.10.2009
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS – ERIC FOTTORINO
L’homme qui m’aimait tout bas est un livre hommage, un livre mémoire, un livre confession, la confession d’un amour inaltérable
d’un fils pour son père, amour inaltérable et pourtant disloqué le jour où le père d’Eric Fottorino s’est donné la mort.
Eric Fottorino s’efforce de retracer, en tirant un par un les fils des souvenirs, en évoquant des anecdotes, des bribes de moments partagés. Eric Fottorino écrit donc, écrit pour que cet homme qui l’a adopté, lui a redonné la vie, en même temps que son nom. Cet homme qui l’aimait silencieusement, sans mots et sans paroles, d’un amour qui se passait de preuves (« Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort – la force de l’évidence – que tu ne l’aurais pas crié sur les toit. Il fallait une indiscrétion de voisin, de cousin, pour que j’apprenne combien tu étais fier, heureux, de ce rejeton épais comme un arbalète qui disputait aux plus costauds des titres de champion à la gomme. Je me console ainsi : tu est parti tôt mais tu as eu le temps d’être fier de moi, de nous tes fils. » ).
L’écriture est fluide, respectueuse, souvent touchante et chaque phrase est caressée d’une émotion particulière, mélange de douceur, de tendresse, de souffrance et de peine. Mais ces émotions là, j’ai parfois eu l’impression de les observer à travers un œil de boeuf indiscret, de s’immiscer dans une relation qui a brutalement cessée et dans laquelle je n’ai aucunement le droit d’entrer. D'autant qu'à une ou deux reprises, cette écriture m'a paru appliquée, réfléchie, travaillée, et ce faisant altérant un peu la spontanéité du roman.
Un roman intime dans lequel je ne me suis sentie indiscrète, pas à ma place, même si j'en comprends parfaitement le sens et le besoin.
« Peut-être tout cela n’a-t-il de sens que pour moi et pour quelques personnes que j’aime, qui l’aimaient. Cela suffit. J’ai choisi l’écriture, ce continent d’incontinence, pour retenir ce qui peut l’être avant que le temps n’engloutisse tout ce qu’il fut dans les brumes de la mémoire. C’est dit, c’est écrit, il était ainsi, de chair et de soleil, d’ombre et d’éclat, et tous ce souvenirs qui affleurent, ces détails sans importance, son accent, son allure, son regard, cette bonhomie, sa dignité, tout cela reste vivace, le fil n’est pas coupé puisque je le retrouve intact par l’énergie des mots qui redonnent naissance à des images, à des sons propres à le ranimer. »
L'homme qui m'aimait tout bas, Eric Fottorino
Gallimard 2009, 148 pages.
Un grand merci à Cathulu pour l’envoi (« Un texte magnifique qui se joue des mots pour mieux les faire vibrer »).
Jules a été touchée et plus encore (« Lorsque les références sont très présentes, le texte prend une toute autre signification pour le lecteur ».)
Sylire a beaucoup aimé aussi (« Ce n’est pas un livre impudique bien qu’il soit très personnel. Tout n’est pas dit et c'est bien ainsi »)
Pour Audrey, c’est « Une déclaration d’amour certes. Un hommage donc. Une douleur apprivoisée aussi. Des mot simples, un style fluide et un sujet de départ qui ne laissera personne insensible »
Flora l'a lu « Un très beau livre, simple et fort ».
Albertine a aimé aussi ("Un témoignage intimiste qui n'a rien d'égoiste").
Bookomaton, enfin, partage mon sentiment d’indiscrétion et ma gêne quant à ce livre (« D’autre part, je ne me suis pas toujours sentie à ma place dans ce récit : impression de voyeurisme, de toucher au plus qu’intime »). Son billet reflète exactement ma lecture.
06:06 Publié dans Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : deuil, filiation, suicide, hommage, père
Commentaires
Bizarrement cette impression d'indiscrétion, je ne l'ai pas ressentie alors qu'elle m'avait profondément gênée pour le livre d'A. M.Homes...
Ecrit par : cathulu | 14.10.2009
Répondre à ce commentaireComme toi, j'ai ressenti ce sentiment d'entrer dans une relation très personnelle, d'être une sorte de voyeuse. Un récit trop intime pour moi pour être vraiment intéressant.
Ecrit par : zarline | 14.10.2009
Répondre à ce commentaireBeaucoup de gens se sentent indiscrets. Pourtant, si l'écrivain a voulu l'écrire, c'est que nous avons le droit de le lire, non?
Ecrit par : Jules | 14.10.2009
Répondre à ce commentaireJe note le territoire fragile donc. J'aimerais goûter à la plume de Fottorino dans un autre contexte.
Ecrit par : Bookomaton | 14.10.2009
Répondre à ce commentaireSans doute l'un des livres les plus commentés sur la blogosphère. Je le lis bientôt, il est tout en haut de ma PAL.
Ecrit par : valérie | 14.10.2009
Répondre à ce commentaireJe n'ai pas encore la moindre attirance pour cet auteur. P'tètre quand il sera vieux et qu'il faudra que je me rattrape à lire toute son oeuvre. Au coin du feu.
Ecrit par : LVE | 15.10.2009
Répondre à ce commentaireOh, je comprends l'ambivalence ... c'est tellement si intime comme texte ! Peut-être a-t-il écrit un texte plus réfléchi justement pour y mettre de la distance ?
Ecrit par : Leiloona | 15.10.2009
Répondre à ce commentaireJ'avais eu un coup de coeur pour Baisers de Cinéma, peut-être lirais-je celui-ci ... mais là, continuons à acheter les piles en cours :)
Ecrit par : Celsmoon | 15.10.2009
Répondre à ce commentaireJ'avais entendu de bons échos de ce roman, mais je ne sais pas si je me sens à l'aise à l'idée de plonger au coeur d'un amour filiale ! Sinon, j'ai besoin de toi pour mon mémoire, l'explication se trouve ici :http://enlivrezvous.typepad.fr/enlivrezvous/2009/10/appel-aux-blogueurs-en-littérature.html
Merci beaucoup !!!
Ecrit par : céline | 15.10.2009
Répondre à ce commentaireJ'aime bcp le titre. Je comprends le sentiment d'indiscrétion qui met souvent mal à l'aise. Je pense le lire un jour.
Ecrit par : Theoma | 19.10.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai prévu "Baisers de cinéma" de cet auteur, parce que le titre me plaît ! Mais je l'ai entendu parler de ce dernier roman, hommage pudique à son père disparu, et cela m'a beaucoup touchée. J'ai été très sensible aux mots que Eric Fottorino a employé pour parler de cette disparition et de la relation qu'il entretenait avec ce père adoptif. Unne interview très forte, puissante, comme le roman, je pense. Et tu en parles très bien, en plus !
Ecrit par : Nanne | 20.10.2009
Répondre à ce commentaireamusant, je viens de lire cet été "Caresse de rouge" du même auteur qui est l'histoire de l'amour inconditionnel d'un père pour son fils
En tous cas, pour l'instant j'aime cet auteur, même si j'ai préféré "un territoire fragile"
Ecrit par : Stéphanie | 28.10.2009
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Ecrit par : fashion | 14.10.2009
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