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26.08.2009

CONTREBANDE – ENRIQUE SERPA

Le narrateur de Contrebande est le propriétaire de la Buena Ventura, goélette de La Havane destinée à la pêche à la daurade serpa.jpg Elle se distinguait des autres bateaux de pêche, courtauds et crasseux, comme un pur-sang au milieu d’humbles baudets. Elle avait une croupe cambrée, plantureuse et ondoyante comme la croupe d’une femme et sa proue de violon fendait l’eau comme une lame »). Lui, le narrateur, dilapide l’argent de ses revenus entre les cuisses des femmes et l’alcool des tripots ; il est riche de trois bateaux mais la situation à Cuba, dans ce début des années 20 ne permet qu’aux très riches, aux nantis, de survivre.

 

Survivre, c’est bien le seul but des matelots de la Buena Ventura, survivre quand la pêche ne rapporte que quelques misérables centavos, que les enfants errent en haillons et que meurent la plupart, de faim, de maladie, de découragement. Quand Requin, le capitaine de la Buena Ventura suggère au propriétaire de changer de voie, de tenter le tout pour le tout et de transporter du rhum aux Etats-Unis alors en pleine prohibition, notre narrateur, lâche, veule, naïf et appâté par le gain, fasciné par ces hommes qui n’ont rien d’autre que le courage que lui n’a plus depuis longtemps, accepte.

 

Enrique Serpa, journaliste, a écrit Contrebande en 1938. Ce premier roman plonge dans la misère cubaine, celle des pêcheurs comme celle des paysans, la misère même privée de honte où seul le moyen de manger compte, quel qu’il soit (« Transformés par une misère implacable en teignes humaines, ils venaient disputer aux requins les abjectes immondices du dépotoir. Sans soucis d’hygiène, olfactifs ou gustatifs – car en matière de scrupules la faim est le solvant le plus efficace -, ils ramassaient pour les dévorer des fromages pourris, des boîtes de conserve éventées, des fruits véreux, des viande avariées et autres denrées confisquées et destinées à la destruction par les inspecteurs du service de la santé… en fait ces hommes n’étaient eux même que de l’ordure. Des déchets humains. »). Le jeune homme raconte, et, à travers sa voix apparaissent Cuba décimée par la misère, assomée par la chaleur étouffante, les bars moites où les corps se frôlent, les ruelles sombres où les ivrognes s'écroulent, les amitiés qui se nouent en mer, les jalousies et les désespoirs aussi, et les prémices de la révolution qui peu à peu rampe et va s'installer et perdurer (« Un beau jour tout ça aura une fin. Il faut que ça arrive. A vrai dire le monde est comme un bateau où la cargaison est mal arrimée et tombe toute d’un coté. Les riches, d’un coté, profitent de tout ce qui est bon… et de l’autre, les pauvres, avec leur fringale et leurs poux. Un bateau mal lesté, pas vrai ? Mais il gîte de plus en plus, et un jour ou l’autre, ou bien il coule, ou bien on répartit mieux la cargaison…..Il va falloir que ça change… Les communistes vont tout changer… Les communistes, le diable ou qui que ce soit… l’injustice est partout, c’est de la poudre et on jour on y mettra le feu. Et pourquoi pas les communistes ? Après tout pourquoi ne pas essayer avec eux, pour ce qu’on a à perdre. De toute façon, même si ça tournait mal, ça ne pourrait pas être pire. »). Le style de Enrique Serpa est fluide, ondoyant, parfois rude comme le caractère des hommes qu’il décrit et le roman se lit sans déplaisir.

Une découverte sympathique qui me donne envie de découvrir d'autres auteurs cubains.

 

Contrebande, Enrique Serpa

Zulma 332 pages, août 2009

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Commentaires

Ah, je n'ai jamais lu de livre cubaine et celui-là a l'air on ne peut plus intéressant. En plus, j'adore cette maison d'éditions !

Écrit par : freude | 26.08.2009

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Merci pour cet article. Je voulais lire ce livre depuis quelques jours mais j'hésitais. Je vais tenter le coup alors c'est sûr!

Écrit par : béné | 26.08.2009

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C'est vrai que les couvertures de Zulma donnent toujours envie d'aller voir plus loin ! A noter, donc...

Écrit par : kathel | 26.08.2009

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Attention, commentaire un peu stupide droit devant!!

Le roman a l'air très bien... je ne connais pas la littérature cubaine. Mais la description du bateau me faisait penser à la description d'une héroïne de roman Harlequin!! Je pense que je suis contaminée!!

Écrit par : Karine:) | 26.08.2009

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@ freude : si tu aimes le "classique" tu aimeras
@ béné : j'espère qu'il te plaira:)
@ kathel : pareil, j'aime bcp leurs couvertures
@ karine : as tu songé à consulter ?!

Écrit par : amanda | 27.08.2009

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