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15.06.2009
AU DELA DU MAL – SHANE STEVENS
C’est Cuné qui m’a alertée sur la sortie de ce roman paru en 1979 en Etats-Unis et enfin traduit en français. Moult hésitations, décision d’attendre sagement sa sortie poche, envie pressante de le lire, il a suffit d’une virée chez Gibert en compagnie de la dame pour le trouver et me décider.
De quoi s’agit-il donc ? D’un roman qualifié comme un roman fondateur du thème du sérial killer, roman qui aurait initié le Silences des Agneaux ou le Dalhia noir, pour ne citer qu’eux.
Un sérial killer, nous en avons un. Thomas Bishop, dont l’enfance a été saccagée par une mère brutale, dérangée, qui confondait baisers et coups de fouet. Le père est une minable petit voleur qui n’a réussi qu’à se faire buter par ses propres complices lors d’un braquage raté. A moins que ce ne soit Caryl Chessman, violeur récidiviste, dont Sara Bishop prétend avoir été l’une de ses victimes. Un enfant brisé donc, qui se repaît de rêves d’immortalité et se croit le fils d’un héros assassiné par l’état (Chessman fut exécuté en 1960, après onze ans dans le couloir de la mort, et avoir fait l’objet de plusieurs débats contre la peine de mort : Chessman a été exécuté alors qu’il n’a jamais tué. A noter que Caryl Chessman est un personnage réel, dont Shane Stevens se sert ici pour élaborer la base de son intrigue). Bishop s’évade de l’asile psychiatrique où il est enfermé après avoir tué sa mère à l’âge de 10 ans et entame une course folle à travers les Etats-Unis et commence son « œuvre » : il assassine et mutile toutes les femmes qui croisent sa route.
Pour le trouver, policiers, politiciens, journalistes (et notamment Adam Kenton, journaliste d’investigation qui se consacrera entièrement à Bishop), sans oublier la pègre, se lancent sur ses traces.
C’est à la fois glacial (le style est froid, détaché) et prenant. Après un début un tantinet longuet dans lequel l’enfance de Bishop est narrée, les bases de sa folie expliquées, sa fuite marque le début d’une partie plus rythmée dans laquelle nous apprenons à mieux connaître le tueur et les personnages qui le traquent. Stevens attaque la presse, vouée au sensationnalisme et dévoreuse de scoops, la politique et ses candidats au triomphe électoral (le sénateur Stoner) prompts à se jeter sur toute cause servant avant tout leurs propres intérêts, la pègre et ses ramifications avec la presse et la police ; un roman long, assez fouillé, d’une densité à la fois compacte et fluide (le tout se lit sans essoufflement). L’intrigue est bien bâtie (mais, en prêtant attention aux détails, on comprendra rapidement que, quelque part, un retournement se produira, et je dois dire que je ne vois pas le pourquoi de ce retournement. Je l’avais compris, je l’attendais, mais je ne vois pas son utilité si ce n’est celle de susciter des questions et ne pas totalement fermer le roman (avait-il l’intention d’en écrire une suite ?)) ; l’intérêt ne faiblit pas (il y a quand même quelques longueurs) et à aucun moment je n’ai voulu abandonner ma lecture. Quant à la fin proprement dite du tueur... eh bien, je ne la trouve guère originale, voire carrément banale et facile.
Au final, malgré les indéniables qualités du roman, je reste légèrement sur ma faim. J’attendais, je l’avoue, les mêmes émotions qu’ont suscité en moi « De sang froid » (dont on peut rapprocher ici le style plutôt froid et analytique) ou « Le silence des agneaux » (qui rappellera quant à lui la traque d’un serial killer particulièrement intelligent et démoniaque). Mais, avec ces deux là, j'ai passé des nuits blanches : d'admiration avec Capote, d'angoisse et de tremblements inextinguibles avec Harris. Ici, seule la curiosité pour un travail bien fait, certes, mais pas "ébouriffant" m'a poussée à aller jusqu'au bout.
Définitivement, ma préférence va à Capote et Harris, pourtant totalement différents l’un de l’autre, mais bien plus passionnants.
Au-delà du mal, Shane Stevens
Sonatine, 760 pages, mars 2009
Quelques informations sur Caryl Chessman (merci Bladelor !) :
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&a...
http://www.13emerue.fr/dossiers/affaire-caryl-chessman/3....
Commentaires
J'ai abandonné avant le début de la cavale, donc ça prend plus de 200 pages pour se mettre en place, carrément longuet quand même ^^ (même si l'enfance a son importance, on est d'accord).
Oui, tu as de la persévérance :-D
Ecrit par : Cuné | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireJe ne crois pas pouvoir être aussi persévérante que toi, je penserai à Hannibal Lecter si l'envie de meurtres en série me prend...
Ecrit par : Ys | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireIl est dans ma PAL depuis une quinzaine de jours, sur les conseils du libraire, mais je n'ose pas trop m'y coller pour le moment. Peut-être pendant les vacances.
Ecrit par : virginie | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireOffert il y a peu sur les conseils de la libraire qui ne tarissait pas d'éloges, ta critique me refroidit un peu. J'attendrai des retours de celle à qui je l'ai offert !
Ecrit par : Yohan | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireMoi, j'ai bien aimé. C'est vrai qu'il y a quelques longueurs mais j'ai été conquise par le personnage principal que j'ai trouvé très attendrissant dans sa folie. Ce n'est bien sûr pas comparable à "De sang froid" mais j'ai quand même passé un très bon moment.
Ecrit par : Solène | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireGlacial, trop long, pas "ébouriffant"... Je m'en passerai, je crois...
Ecrit par : kathel | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireTrès intéressant ce billet, mais au final tu m'as donné envie de lire Capote ! ;-)
Ecrit par : bladelor | 15.06.2009
Répondre à ce commentaireC'est le genre de roman qui pourrait me tenter, mais je crains toujours quand l'action se fait attendre de me lasser et de laisser tomber la lecture ! Mais après tout, pourquoi ne pas s'y risquer ?!
Ecrit par : Nanne | 16.06.2009
Répondre à ce commentairehm, ça m'a l'air plutôt intéressant tout ça... je note!! Bon vendredi et bon week-end surtout!
Ecrit par : choupynette | 19.06.2009
Répondre à ce commentaireC'est un roman très intéressant mais qui a quelques défauts. Très long, d'abord (750 pages grand format), et l'intrigue sur la dimension politique de la traque m'a un peu ennuyé, d'autant qu'il y a beaucoup de personnages. Cela dit, c'est très bien écrit, parfois très captivant, et le personnage de Bishop très réaliste. Il faut donc lire ce roman, en sachant tout de même qu'il faut un minimum de concentration pour l'apprécier pleinement.
Ecrit par : Nicolas | 23.06.2009
Répondre à ce commentaireBizarre ce gout contemporain pour les personnages et les événements les plus affreux et atroces....
Est-ce pour compenser les génocides et massacres inhérents à la vie sur la terre... ?
Un vieux gamin de 75 ans pense que la seule solution est de garder l'esprit d'enfance, à tout prix...
Voir :
http://livre.fnac.com/a2512607/M-Dubost-Un-drole-de-dimanche
Dans ce recueil de récits des années noires, Maurice Dubost raconte, à travers les yeux d’un enfant, la vie quotidienne d’un village d’Ile-de-France pendant l’occupation allemande. Ces récits de la vie ordinaire piqués de nombreuses anecdotes drôles et plaisantes, parfois douloureuses, dépeignent avec justesse et authenticité un univers simple et somme toute heureux dans une période complexe et troublée.
Un décalage émouvant entre ce que l’histoire retient et une réalité plus nuancée, qui permettra aux jeunes lecteurs de découvrir un mode de vie plus dépouillé et sain, aux antipodes de nos fonctionnements actuels, et qui ravivera les souvenirs des plus âgés.
Ecrit par : maudub | 24.06.2009
Répondre à ce commentairePour ma part, j'ai adoré ce roman. Je ne suis pas une grande fan de thriller mais là j'ai trouvé que l'auteur ne se contentait pas "du seul tueur en série" mais de tous ceux qui peuvent graviter autour.
Je comprends que cette éciture froide et détaillée puissent gêner certains.
Ecrit par : Isa | 01.07.2009
Répondre à ce commentaireIls sont bien faits, certes mais je trouve tout de même qu'on a du mal à jongler d'un point de vue à l'autre. Surtout que certains paragraphes sont très courts: en une page, l'auteur parvient à parler des trois points de vue. C'est la façon dont il a choisi d'écrire son roman qui est parfois "inconfortable". Et il ne fait pas non plus oublier que le roman est très long: 750 pages grand format.
Ecrit par : Nicolas | 01.07.2009
Répondre à ce commentaireje viens juste de le terminer ...Et je me suis precipité sur le net pour en savoir plus ...je l'ai dévoré , englouti ce roman ..il y a longtemps que je n'avais pas lu un livre aussi bien construit ..seule la fin me semble aussi trop evidente ; et l'analyse , le profil psychologique me semblent succints (bon il est vrai que je suis infirmier psy ..)mais il est vrai aussi que ce roman est ecrit en 79...
@mities
Ecrit par : jean pierre gueninchault | 01.09.2009
Répondre à ce commentairePour ma part la fin est tout bonement fantastique.
Certes je peux comprendre qu'on puisse la trouver décevante dans le sens ou on a pas de réel face à face entre le renard et le chasseur. Et la personnalité de Bishop n'est pas approfondie par ses propres dires mais que pouvait on attendre de plus??? Dans un livre qui colle à la réalité politique et sociale d'une époque, la fin suit simplement cet axe. Et puis Stevens nous a prévenu bien avant en annoncant la chute du renard...
Mais pour ma part ce n'est pas sur cet évenement qu'il faut s'attarder. Mais sur le fait que Bishop n'est pas Bishop. Je ne pense pas que l'auteur a rajouté cet élément dans l'éventualité d'une suite. Bishop commet tous ses crimes car il veut continuer l'oeuvre de son père (et ça on nous le répète assez souvent tout le long du livre).On peut voir plus tard quand le journaliste remet en doute la filiation de Bishop, quelles conséquences cela engendre t-il. J'y vois simplement un joli pied de nez face à tout cette histoire du fameux fils de Chessman, face aux journalistes qui en on fait leur choux gras, face à Kenton qui ne s'attendait pas à avoir raison sur ce coup là et enfin et surtout face à Bishop lui même!
Ecrit par : Aurélia | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireQue de longueurs et de redondances dans ce roman ...( la mystification Mungo / Bishop pendant près de 500 pages voire plus, c'est décidémént trop !)
Les intrigues parallèles sont peu convaincantes et non abouties et l'on ne s'attache pas aux personnages hormis Bishop et Kenton
Dans le genre, je préfère de très loin Ellroy (un tueur sur la route / American Tabloid / Dahlia Noir)
Ecrit par : arnoldza | 05.12.2009
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Ecrit par : cathulu | 15.06.2009
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