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01.04.2009
LA CONDITION - JENNIFER HAIGH
Une famille unie, un milieu social favorisé (vacances à Cap Cod, héritage familial (même s’il s’étiole au fil des ans)), bonnes écoles et éducation plutôt rigide. Le père est un scientifique renommé, la mère égoïste et névrosée. Billy, l’aîné, deviendra cardiologue : superbe appartement à New York, revenus conséquents, mais pas de petite amie à l’horizon. Scott, le dernier,
deviendra un professeur raté dans un établissement miteux, père de deux enfants ingérables et mari d’une pouffe vulgaire (au vu des critères maternels). Quant à la cadette, Gwen, elle sera anthropologue ; ce qui lui permettra de vivre cachée, recluse dans un sous-sol de musée : Gwen souffre du syndrome de Turner, sa croissance a stoppé très tôt : elle n’a pas grandi, n’aura jamais de puberté, ni d’enfant. D’ailleurs, ses parents ont divorcé un an après la découverte de sa maladie, découverte qui a fait exploser la cellule familiale. Nous allons suivre cette famille sur 400 pages.
Beaucoup de belles intentions dans ce roman : comment une famille peut se distendre, s’éloigner, sans jamais se perdre réellement de vue. Absence de communication, ou plutôt de communication sincère et profonde, silences et non-dits, à force de ne pas parler des choses qui fâchent et d’éviter soigneusement de partager ses sentiments (par égoïsme pour la mère, par oubli ou paresse chez le père, par pudeur chez la fille, peur chez l’aîné, complexe d’infériorité chez le dernier), tous les membres de la famille McKotch sont empêtrés dans leur incapacité à s’aimer, ou du moins se le dire.
Beaucoup d’éléments qui m’ont gênée aussi. D’une part, ils m’ont paru tous peu sympathiques : la mère, en premier lieu, est insupportable dans le déni qu’elle oppose à la maladie de sa fille, dans son aveuglement, son refus de voir, d’imaginer, même, que ses enfants puissent avoir une vie différente que celle qu’elle leur prête (elle ne supporte pas que ses enfants ne correspondent pas à ce qu’elle a voulu et ne suppose même pas qu’ils puissent être autre chose que ce qu’elle a voulu). Le personnage m’est apparu comme un monstre d’égoïsme ressassant sa névrose et sa solitude aigrie. Mère-mante qui s’obstine à régenter (puisqu’elle seule sait ce qui est bon pour eux) la vie d’enfants qui lui échappent.
Le fils aîné, incapable d’assumer et d’avouer son homosexualité, jouant avec les mots et les omissions, est crispant de lâcheté et de faiblesse. Tout autant que son frère, vaguement marijuané et raté de service, incapable de plaquer une femme insupportable et ressassant son complexe de puîné mal aimé.
Le tout est mâtiné de saga, de souvenirs puisant dans le passé quelques anecdotes sensées donner un éclairage sur la psychologie sur les personnages.
Des clichés qui m’ont gênée, donc, et des personnages qui m’ont déplu.
Ceci dit, je n’ai pas voulu l’abandonner. Parce que Gwen, elle, sauve la mise. Donne envie de l’accompagner, voire de l’épauler. Alors on reste avec elle, on note ici et là quelques phrases qui nous touchent (« longtemps elle s’était efforcée d’élever la fille qu’elle avait espéré avoir et était passée à coté de celle qu’elle avait eu »), quelques passages extrêmement justes sur la notion, si ce n’est de pardon, au moins d’acceptation. On arrive au bout, à la fois agacé et touché quand même. Et on s’aperçoit que la fin nous arrache, si ce n’est une larme, du moins une pointe d’émotion, une remontée qui surgit, là, et qui résonne bizarrement à notre mémoire personnelle*.
La condition, Jennifer Haigh - Michel Lafon 416 pages
Les avis de Cuné (merci pour l'envoi !), Cathulu, Lou, Géraldine qui ont aimé.
Lily, elle aussi, émet quelques réserves.
* et on a le choix entre appeler notre mère ou filer chez le psy...
07:38 Publié dans *Litterature Anglo-saxonne* | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
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Commentaires
"on a le choix entre appeler notre mère ou filer chez le psy..."
Et toi, tu as choisi quelle option ? ;)
Écrit par : In Cold Blog | 01.04.2009
Répondre à ce commentaireMalgré tout, je retiens ce titre dans mes envies de lecture (peut-être en anglais ?)
Sur un tout autre sujet, j'ai commandé le roman de Dominique Fortier et te l'enverrai si tu veux dès que je l'ai; idem pour le livre de Jeanne Benameur, qui devrait être très vite dans ma boite.
Écrit par : virginie | 01.04.2009
Répondre à ce commentaireBon... moi qui était tentée, je pense que je vais passer, pour finir... du moins, je vais attendre un peu avant de le lire... disons que ma pile n'a pas besoin d'amis supplémentaires ces temps-ci!
Écrit par : Karine :) | 01.04.2009
Répondre à ce commentaireMalgré tes réserves je suis tentée par ce livre, je le note, nous verrons bien :)
Écrit par : Ankya | 01.04.2009
Répondre à ce commentaireSuper ! J'attends mes commandes, les lis et te les expédie !
Écrit par : virginie | 01.04.2009
Répondre à ce commentaireC'est dommage que ça ne t'aies pas plu. J'avais bien aimé en librairie...
Écrit par : juliann | 09.04.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai aimé mais je suis assez d'accord avec certains clichés que tu évoques. De mon côté je trouve que l'auteur en fait un peu trop avec les problèmes particuliers de toute la famille... certes ce n'est pas impossible mais je trouvais qu'en restant un peu plus sobre l'histoire m'aurait plus convaincue. Malgré tout j'ai au final passé un bon moment... j'aimerais d'ailleurs lire un des livres écrits avant par Jennifer Haigh, en espérant être totalement convaincue cette fois-ci :)
Écrit par : Lou | 15.04.2009
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Écrit par : Cuné | 01.04.2009
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