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06.10.2008
JEUX CROISES – MARIE SIZUN
Il y a Marthe. Marthe qui n’a pas voulu d’enfant, que son mari quitte, et qui n’arrive pas à exprimer sa souffrance.
Il y a Alice. Alice qui est mère mais ne l’a pas voulu. Alice qui porte sa maternité comme on porte un fardeau. Trop jeune, trop seule, trop empêtrée dans ses problèmes de mère célibataire pour regarder son fils autrement qu’un poids encombrant, qu’une gêne, qu’une erreur.
Et puis, un jour, Marthe aperçoit Ludo, l’enfant d’Alice. Ludo seul dans son caddie alors que sa mère papote, papote, avec un ex, se plait à plaire, se plait à être autre chose qu’une mère, retrouve l’impression d’être une jeune femme, séduisante, libre. Alors Marthe prend le caddie, paye, et s’en va avec Ludo…. Alice, en découvrant que son fils a disparu, hésite, pèse le pour et le contre ; et si, finalement, c’était ça, la solution ?
Marie Sizun, après « La femme de l’Allemand »où elle explorait les liens filiaux et maternels, trace ici le portrait de deux femmes face à la maternité. Un moment de déraison, un « coup de folie » qui entraîne ces deux femmes face à elles-mêmes.
Marthe, au cours de ces quelques jours avec Ludo, se souviendra de son enfance, de son sentiment d’abandon, quand sa mère est partie en la laissant à sa grand-mère.
Alice, soupçonnée d’avoir tué son enfant, décrétée coupable avant même d’avoir compris qu’elle l’était vraiment, mais sous une autre forme, se surprendra à éprouver le manque. Le manque de la peau de Ludo, son odeur, ses sourires.
La plume est à la fois simple et fluide. On retrouve le style de Marie Sizun, où tout est évoqué, à peine effleuré mais très bien suggéré : la souffrance, la honte, la peur, l’angoisse de ces deux femmes. Le personnage de Marthe m’a paru ceci dit moins crédible ; aucune empathie pour cette femme qui craque subitement et commet l’irréparable. Il n’y a chez elle aucune culpabilité, juste ce sentiment d’urgence à partir, à voler l’enfant d’une autre, à se découvrir elle aussi mère, pour prouver aux autres, à son ex-mari surtout, à elle-même, qu’elle peut être mère. Elle m’a beaucoup moins touchée qu’Alice.
Alice, elle, m’a estomaquée. J’ai aimé cette jeune maman débordée, seule, qui d’un coup, se demande si laisser son enfant ne serait pas une bonne idée. J’ai aimé cette fille perdue se sentir exister sous le regard des journalistes, se sentir ETRE quelqu’un. Elle ne comprend pas qu’on la juge coupable. Elle veut seulement, pour une fois, qu’on s’intéresse à elle, à ELLE en tant que personne, et non plus en seulement tant que mère, que ventre.
Un bon roman, donc, mais qui aurait pu être plus poussé, s’attacher davantage à Alice et sa personne, à mon avis.
Jeux croisés, Marie Sizun - Éditions Arléa, Collection 1er mille. 249 pages
L’avis de Marie.
06:14 Publié dans Litterature Française, Rentrée Littéraire automne 2008 | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
Je ne suis tout simplement pas capable de lire à ce sujet... trop dur pour moi. Même si le personnage d'Alice m'intrigue avec ce que tu en dis, je crois que je ressentirais un réel malaise.
Ecrit par : Karine :) | 06.10.2008
Répondre à ce commentaireMon libraire me l'a conseillé, je l'ai donc acheté. On verra bien !!
Ecrit par : Flo | 06.10.2008
Répondre à ce commentaireidem je vais suivre ton conseil et commencer par la femme de l'allemand
Ecrit par : Stéphanie | 06.10.2008
Répondre à ce commentaireJ'ai bien aimé mais comme toi, j'ai tout de même préféré "la femme de l'allemand". Dans quelques jours mon compte-rendu de lecture.
Ecrit par : sylire | 06.10.2008
Répondre à ce commentairele sujet fait un peu penser à comme une mère de Karine Reysset, que je n'ai franchement pas trouvé formidable. Je vais peut-être essayer celui ci!
Ecrit par : alma | 10.10.2008
Répondre à ce commentaireJ'ai beaucoup aimé "jeux croisés" ainsi que "la femme de l'allemand"... Marie sizun est une grande auteure ! j'ai eu beaucoup d'émotions en la lisant...
Ecrit par : Flora | 04.11.2008
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Ecrit par : cathulu | 06.10.2008
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