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29.09.2008
BONBON PALACE - ELIF SHAFAK
Bonbon Palace.
Bonbon Palace est un immeuble croulant, miteux, à bout de souffle. Une dizaine d’habitants pour un millier de cafard, poux et autres bestioles qui pullulent, une odeur putride et des habitants… pittoresques.
Parmi ces habitants, il y a les jumeaux Djemal et Djelal, coiffeurs de leur état et commères de leur passion. Il y a Nadja la russe qui se nourrit de séries TV, Hadji Hadi, le grand-père conteur, Hygiène Tijen qui porte bien son surnom,
Sidar qui rêve de ne plus rêver en quittant enfin ce vaste monde, il y a la Maîtresse Bleue qui attend son Arlésien d’homme marié, il y a Su la gamine si perspicace ou les autres enfants.
Le nouveau roman d’Elif Shafak se déroule encore une fois à Istanbul. Après « La bâtarde d’Istanbul », voici un nouveau tableau coloré de la vie des Stambouliotes.
On y retrouve dans la première partie une grande part de ce qui faisait le charme de « La Bâtarde… » : descriptions croquantes et savoureuses de cette ville tentaculaire et baroque, dessin malicieux des mœurs et des humeurs vivantes et loquaces ; toute la joie de vivre, le fatalisme, la vie grouillante et pittoresque d’Istanbul sont esquissés avec gaieté, ironie, persiflage parfois ou raillerie, tendresse aussi.
On y est, à Istanbul, on y vit parmi les embouteillages, les engueulades, les couleurs, les fumées et le brouillard de pollution.
Dès le début du roman, nous nous retrouvons plongé en plein psychodrame : on veut supprimer un cimetière, il y a deux tombeaux d’un même saint inconnu au bataillon, mais les deux tombeaux seront vides. Puis on y croise un couple d’émigrés russes qui quittent leur vie et tout ce qu’ils ont pour s’établir en Turquie, on y croise des exilés, des émigrés, des esseulés qui doivent bâtir une vie, rebâtir une existence dans cette capitale qui leur tend les bras.
Le tout se rejoint et nous voilà à Bonbon Palace.
Le fond du roman est formidable : un immeuble rempli de gens loufoques, angoissés ou perdus, tous aussi névrosés que seuls, tous aussi allumés ou passionnants. Un condensé de Stambouliotes dignes représentants d’une ville multiculturelle passionnante, ébouriffante, colorée et vivifiante. Et puis ce fameux saint, qui ressurigira...
Quant à la forme, c’est là que le bat blesse un peu. La première partie est donc parfaitement savoureuse, imagée, délicieuse. Elle se lit le sourire aux lèvres et le passeport à la main, prêt à s’envoler pour Istanbul. Néanmoins, j’ai trouvé que dès que l’on atteint le premier récit du « narrateur », lui aussi habitant de l’immeuble, le ton devient plus monotone. Elif Shafak se met à expliquer et détailler les agissements de ses personnages, rajoute inutilement des développements sur le caractère, la formation des psychologie : ils sont superflus et j’aurais préféré que les caractères se dévoilent davantage avec des histoires, des anecdotes plutôt que des explications détaillées des moteurs de leurs personnalités.
C’est mon qeul regret. Le tout reste un bon roman, toujours aussi pictural et amoureux d’Istanbul, mais, pour qui veut découvrir l’auteur, je conseillerais plutôt dans un premier temps la lecture de « La bâtarde d’Istanbul », d’autant qu’il vient de sortir en poche chez 10/18.
Bonbon Palace, Eif Shafak – Ed. Phébus, 450 pages
(traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy)
06:08 Publié dans Litterature Turque, Rentrée Littéraire automne 2008 | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : elif shafak, bonbon palace, la bâtarde d'istanbul, istanbul, rentrée littéraire 2008
Commentaires
Ca me rappelle que je n'ai toujours pas lu "La vie, mode d'emploi" de Perec, et ça me donne envie de m'y mettre.
Ici, la couverture est vraiment jolie ! Ca me tente, malgré ton "pas mal, ouais"...
Ecrit par : erzébeth | 29.09.2008
Répondre à ce commentaireTrès contente de lire ton commentaire car la couverture de ce livre avait attiré mon regard (je le reconnais : je suis TRES sensible aux couvertures !) !
Ecrit par : Brize | 29.09.2008
Répondre à ce commentaireJE vais suivre ton conseil... et y aller pour "La bâtarde d'Istambul" en premier! On verra pour la suite!!! Je pensais que tu avais lu un remake "Hansel et Gretel" en voyant ton titre "Bonbon palace"!! (Je sais, je pense que mon livre sur les contes de fées m'a un peu retourné l'esprit!!)
Ecrit par : Karine :) | 29.09.2008
Répondre à ce commentaire"La bâtarde d'Istanbul" est notée dans ma PAL. Je vais donc commencer par celui-là. Après on verra. Le sujet de celui-ci m'attire aussi.
Ecrit par : Manu | 29.09.2008
Répondre à ce commentaireJ'ai l'impression que les romans "à immeuble" sont à la mode (L'Elégance du hérisson, L'immeuble Yacoubian...). Bon, je fait l'impasse sur celui-là (trop de livres en attente).
Ecrit par : Tamara | 29.09.2008
Répondre à ce commentaireJe suis en train de lire "Bonbon Palace". Donc, mon avis complet viendra un peu plus tard.
Ecrit par : Naina | 29.09.2008
Répondre à ce commentaireah les turqueries ! j'adore ton "traduit du truc" ;-)))
Ecrit par : Laure | 30.09.2008
Répondre à ce commentaireje note la bâtarde d'Istanbul! merci pour ce billet très condensé! un très bon point de vue à noter!
Ecrit par : lael | 03.10.2008
Répondre à ce commentaireJ'ai fini de le lire. Je peux donc en dire plus : je l'ai trouvé bon mais, comme toi, les développements dans les premiers récits de narrateurs m'ont semblée un peu longs.
Ecrit par : Naina | 16.10.2008
Répondre à ce commentaireJe suis en train de le lire et j'ai le même agacement que toi. J'ai déjà lu ce genre de romans où le quotidien est égrené par une suite de liens de cause à effet qui forme le caractère des protagonistes.
Je ne sais si je me fais comprendre. Zola procédait souvent de la sorte mais chez Zola ça ne me dérangeait pas. Roth aussi fait comme ça mais idem, pas dérangé.
Mais ici, ça m'agace.
Mais ça reste un très bon roman, très coloré et qui donne une image de la Turquie assez sympa.
Sinon, Amanda, belle note. J'adore tes notes. J'envie bcp ton style.
Ecrit par : Loïc | 09.06.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai été très déçue par la fin du livre qui ne correspondait pas du tout à mes attentes. Par contre, je conseille vivement La bâtarde d'Istanbul dont l'intrigue est palpitante. J'ai eu un réel plaisir à deviner quel pouvaient être les liens entre les personnages, comment les histoires se retrouvaient. Je n'ai malheureusement pas retrouver cette magie dans Bonbon Palace. Le thème des ordures est trop présent à mon gout sans que la fin le justifie. J'espère que je n'en dévoile pas trop tout en conseillant les futurs lecteurs!
Ecrit par : Geneviève | 19.01.2010
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Ecrit par : Stéphanie | 29.09.2008
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