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18.04.2008
LE CHATEAU DE VERRE – JEANNETTE WALLS
Comment peut-on se construire quand ses propres parents considèrent que les blessures (toutes, quelles qu'elles soient, même les plus graves) immunisent, les pleurs et les peurs ne font qu'affaiblir, que l’on peut se nourrir des jours durant de pop-corn, voire de rien et que faire les poubelles pour manger, c’est rejeter la société de consommation et son gaspillage honteux ?
Jeannette Walls, journaliste et chroniqueuse, écrit ici un document édifiant. Edifiant parce qu’elle y raconte sans fausse pudeur la vie de sa famille et l’enfance qu’elle a eu avant d’arriver à New York. Un père alcoolique et rêvant de construire une maison qui utiliserait l’énergie solaire (son château de verre), une mère artiste (ou qui se voulait comme telle) qui rejetait toute forme d’autorité et laissait ses enfants s’élever tous seuls. Pas d'argent, pas de règles, pas de limites.
Elle dit les fuites nocturnes pour échapper aux huissiers, les hôpitaux quittés en douce et surtout en vitesse, les fins de mois qui arrivaient dès le début du mois, les hardes rapiécées qui les ont habillés, elle et ses frères et sœurs, les nuits à la belle étoile, les repas sans nourriture, la crasse, la veulerie, la poignante solidité de ces enfants trop aimants, trop fascinés par leurs parents fantasques, marginaux, trop égoistes pour accepter de changer de vie. Ces parents dont l’un boit ou joue le peu d’argent du ménage et l’autre préfère les sensations fortes, s’arrime à ses rêves d’artiste et refuse toute responsabilité.
Les parents de Jeannette Walls n’ont pas donné à leurs enfants ce qu’ils considéraient comme futile (un toit, des repas réguliers, une relative sécurité). Ils leurs ont offert des étoiles, des rêves, des promesses qui ne furent presque jamais tenues, et une autre forme d’éducation : celle de la débrouille d’abord, certes, mais surtout la confiance, la volonté de réaliser ses rêves, de croire en eux et en leur capacités.
Ils aimèrent leurs enfants à leur manière, sans doute, et leurs enfants les aimèrent de façon désespérée, entière.
Jeannette Walls témoigne ici du farouche amour qu’elle portait à son père (aujourd’hui décédé), de celui qu’elle porte à sa mère même si la rancœur semble parfois plus forte de ce coté là. Elle a réussi à se bâtir une vie sur des bases qui peuvent sembler les plus fragiles, les plus bancales mais les valeurs que lui ont inculqué ses parents lui ont donné des armes bien plus solides et fortes.
J’ai été assez fascinée par ce livre, et me suis demandé si aimer ce livre équivalait à du voyeurisme. Mais je crois que, finalement, en dessous du coté sordide, miséreux, crasseux de l’enfance de Jeannette Walls, il y a en fait une grande richesse, celle qui est importante : les valeurs, la famille, le courage et la volonté.
Jeannette Walls et sa mère en parlent ici.
Merci à Stéphanie de me l’avoir prêté, son avis ici.
Commentaires
Sommes-nous voyeurismes parce que nous lisons un récit comme celui-ci? Je pense plutôt que nous voulons garder notre ouverture d'esprit...
Ecrit par : Anne | 18.04.2008
Que tu me donnes envie de le découvrir à mon tour !!
Ecrit par : lily | 18.04.2008
Je l'avais noté chez Stéphanie (du moins, je crois que c'est chez elle!) et je suis toujours tentée. J'ai un peu peur de trouver ça dur à souhait mais le truc des étoiles m'avait décidée!
Ecrit par : Karine | 18.04.2008
Le bilan de cette enfance a l'air nuancé (en lisant le début de ton billet, j'ai cru que c'était vraiment une enfance terrible) ; très intrigant.
Ecrit par : rose | 18.04.2008
@anne : j'ai en général du mal avec ce genre de "confession" d'un personnage public. Là, je n'avais franchement jamais entendu parler d'elle, ça m'a sans doute été plus facile. Et finalement j'ai trouvé ça assez émouvant.
@Lily : j'espère que tu aimeras, si tu le lis (peut-être que Stéphanie pourrait te le prêter ? faut voir avec elle)
@karine : ce n'est jamais dur. vraiment. édifiant, consternant par rapport à nos propres visions de l'éducation, surement, mais jamais dur.
@ rose : je crois que JW a su tirer des enseignements de son enfance, et que ses parents, effectivement, ne leur ont pas offert ce que nous nous entendons par "foyer stable et chaleureux". Ils n'avaient rien (nourriture, maison, vêtements etc) mais leurs parents leur ont transmis bien d'autres choses, comme la capacité de croire en ses rêves (et JW le dis bien à la fin de la petite vidéo : ce chateau de verre peut être plein de choses en réalité) et surtout celle de savoir se battre et surtout en avoir envie. Et celle d'aimer ses parents sans concession. Je crois en revanche que, d'après ce qu'elle dit, sa petite soeur n'a pas encore réussi à se construire et a des problèmes.
Ecrit par : amanda | 18.04.2008
Beurk ! Je passe, je crois que je serais en colère tout le temps à cette lecture.
Ecrit par : Françoise | 18.04.2008
@françoise : tu sais, j'étais parfois outrée et écoeurée, devant cette indolence de sa mère face à leurs difficultés. Mais je crois qu'il y a malgré tout de belles leçons à en retenir. Et c'est aussi un aveu d'amour, de "pardon" de JW à ses parents.
Ecrit par : amanda | 18.04.2008
Bonsoir, je vous invite à venir découvrir mon blog consacré au rire et à mes livres.Merci d'avance. Pascal Djemaa, journaliste.
Ecrit par : Djemaa Pascal | 18.04.2008
@djemaa pascal : merci de l'information, je passerai, donc.
Ecrit par : amanda | 19.04.2008
Je l'ai noté chez Stéphanie car elle a piqué ma curiosité ! Je pense que le message que le livre fait passer risque de me plaire beaucoup !
Ecrit par : Joelle | 19.04.2008
Rien à voir, mais je trouve le "rafraîchissement" de la bannière très réussi :)
Ecrit par : In Cold Blog | 19.04.2008
Suis heureuse mais pas étonnée (je t'avais presque prévenue) qu'il t'ai plu :)
Ecrit par : Stéphanie | 20.04.2008
Au départ, ça donne l'impression d'une enfance sordide, à la limite de la maltraitance d'enfants puis tu parles de l'amour présent dans cette famille. Ca attise ma curiosité...
Ecrit par : Cécile | 20.04.2008
@joelle : je pense que tu aimeras
@ICB : je te remercie... Bladelor m' proposé son aide, que j'ai acceptée. Et voilà le résultat : entièrement dû à son bon goût et sa technique !
@stéphanie : tu me connais bien !
@ cécile : les parents étaient plutôt du genre inconscients, doux rêveur pour le père, tendance plus égoïste pr la mère. Ca n'enlève rien à l'amour (mis à part un certain passage où on a envie de trucider la mère, plusieurs, en fait, mais elle leur a certainement transmis pas mal de choses aussi.)
Ecrit par : amanda | 20.04.2008


