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22.02.2008
LE CANAPE ROUGE – MICHELE LESBRE
Anne est décidée à revoir l’homme qu’elle a aimé jadis. Ils ne se sont pas revus, ils ne se sont plus écrit, mais Anne prend le train jusqu’à Irkoutsk où Gyl s'est exilé.
Elle a laissé Clémence derrière elle. Clémence à qui elle lit tous les jours les destins de femmes exceptionnelles, exaltées, passionnées. Clémence qui hante son voyage et ses pensées. Clémence assise sur son canapé rouge, Clémence habitée par son passé et des souvenirs qui s’estompent et s’effacent. Aspirés par la maladie ils ressurgissent en lambeaux épars de plus en plus fugaces.
Le rythme du roman est lent, aussi lent que ce train qui traverse la Sibérie , mais le voyage est serein, paisible, parsemé de souvenirs et de mélancolie.
Des moments de tendresse partagés avec Clémence (« J’aurai aimé la prendre dans mes bras, la détresse des corps vieillis qu’une main n’effleure, qu’aucun corps n’étreint, cette immense solitude de la chair qui est déjà un peu la mort, m’a toujours effrayée. Enfant, la peau de mes grand-mères me fascinait, je la touchais avec précautions, comme si je craignais de la froisser davantage, qu’elle se déchire sous mes doigts et que ma maladresse précipite une issue fatale. Celle de Clémence Barrot, fine et diaphane, me rappelait ses instants d’une infinie tendresse où je me perdais dans la géographie des rides et des veines bleues qui courraient sur les mains abîmées de ces femmes, petits ruisseaux buissonniers et palpitants. »), aux rencontres éphémères avec d’autres voyageurs (« Dans le compartiment, ils s’appelaient Tania, Vassili, Piotr, Vera, Boris, Vania. Parfois ils apparaissaient et disparaissaient sans qu’un mot ait pu être échangé. Tous n’étaient qu’ombres furtives, surtout la nuit, lorsque le train s’arrêtait quelque part, qu’ils allaient et venaient dans le mystère de leur vie. Les corps s’allongeaient discrètement puis s’esquivaient pour se perdre dans l’une de ces villes on l’on ne distinguait rien, seulement une vague ébauche surgissant de la pénombre ou du voile encore épais de l’aube. Un perpétuel mouvement rendait ainsi chaque rencontre fugitive et capitale à la fois. Leurs visages s’estompaient avec le temps, mais je gardais cette impression forte d’avoir approché des femmes et des hommes qui ne me quittaient plus ».) Anne ressuscite ses relations avec Gyl, avec d’autres hommes aussi, qu’elle a connus puis quittés.
Michèle Lesbre caresse ces souvenirs brumeux et cette nostalgie lumineuse. Elle les esquisse avec une délicatesse et une sensibilité exquises.
Quel talent a-t-elle pour nous faire vivre et ressentir cette affection profonde, intime, qui unit Anne et Clémence ! Ses phrases sont des fragments de poésie, aussi vaporeux que les souvenirs qui surgissent, uns à uns, pointant leur éclat, leur beauté et leur douceur.
Il y a une grâce et une luminosité sereines dans ce roman que l’on referme en frissonnant.
Le canapé rouge - Michèle Lesbre - Editions Sabine Weipieser, 145 pages
Merci à Clarabel et à Lily pour cette découverte. Bellesahi a aimé dès les premières pages.
06:45 Publié dans Bien, Litterature Française | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
Commentaires
Si un prêt est possible, je suis partante... :)))
Ecrit par : fashion victim | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireToi aussi tu es capable de faire frissonner avec de tels billets ;-)
Ecrit par : Anne | 22.02.2008
Répondre à ce commentairej'ai l'impression que les avis sont unanimes sur celui là !
Ecrit par : Emeraude | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireAh oui je l'ai aimé. Tu en parles très bien. Tu me donnes envie de relire quelques pages par-ci par là.
Ecrit par : Bellesahi | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireMoi j'étais un peu restée sur le quai.... mais je savais qu'il trouverait son public :-)
Ecrit par : cathe | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup les extraits qui montrent bien l'atmosphère du livre que tu décris si bien, j'ai vraiment très envie de le lire !!
Ecrit par : Florinette | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireQue tu en parles bien !!
Oui ce livre est magnifique !!
Ecrit par : lily | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireOn sent l'influence de la dame dans ton billet ... ça illumine de partout ! :)
Ecrit par : Clarabel | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireOh, le beau billet que voilà ! Pour l'instant, je ne note pas, j'ai TROP de livres en "retard" ;-)
Ecrit par : Tamara | 22.02.2008
Répondre à ce commentairec'est un très beau roman ,il faut lire aussi la petite trotteuse ou l' on retrouve toute la finesse de Michelle Lesbre.En plus il est en poche.
Ecrit par : grazi | 22.02.2008
Répondre à ce commentaireIl y a tellement de bons avis sur ce livre, je le lirai quand il sortira en poche.
Ecrit par : Françoise | 23.02.2008
Répondre à ce commentaireJ'ai découvert ton blog grâce à ma libraire (Grazi). Je lis beaucoup de romans, avec une préférence pour la littérature étrangère, des essais, des témoignagnes. Je me laisse guider par les coups de coeur, certaines critiques et maintenant les blogs !
Ecrit par : Françoise | 23.02.2008
Répondre à ce commentaireoui je suis libraire à Rouen ,mais je suis nulle en informatiqueje fais des fautes de frappe et surtout je n'osais pas faire de commentaires, un peu de timidité et c'est françoise qui m'a encouragée.
Ecrit par : grazi | 23.02.2008
Répondre à ce commentairej'ai été très sensible également à ce très beau texte qui nous emporte en nous berçant pour un magnifique voyage intérieur.
Ecrit par : sylvie | 31.03.2008
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Ecrit par : cathulu | 22.02.2008
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