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04.02.2008
LA ROUTE – CORMAC Mc CARTHY

Un homme et son fils marchent sur une route, poussant devant eux un caddie rempli de tout ce qui peut leur servir : nourriture (quand ils en trouvent) couvertures, briquet, vêtements… Le revolver est dans la poche de l’homme. Objet essentiel. Ils marchent vers le Sud, en respirant les poussières de cendres qui petit à petit consument leurs poumons.
Pourquoi, comment ? On n’en saura rien. Cormac Mc Carthy ne donne pas d’explication, mais on n’a pas de mal à imaginer que l’apocalypse a eu lieu. Le monde est détruit. L’humanité n’existe plus. Tout a été brûlé, calciné, aspiré. Seuls restent quelques survivants erratiques, rares silhouettes fantomatiques qui se croisent et s’évitent soigneusement.
L’homme et son fils n’ont pas de noms. Ils pourraient être chacun d’entre nous. Ils traversent un pays qui pourrait être le notre, sur une route qui pourrait être la nôtre et qui devient leur chemin de croix.
Que reste-t-il quand l’humanité a disparu ? Quand la seule chose qui compte est de survivre, trouver quelques restes de nourritures moisies et échapper à une mort qui reste certaine, tapie à chaque détour, derrière chaque virage ? Il reste la nécessité de marcher, d’allers vers un futur incertain, inutile en fait, on le sait bien. La nécessité de se protéger, de lutter contre la mort, le froid, la faim. Marcher et ne pas dormir trop longtemps, sinon on ne se réveillera pas.
La nécessité de rester seuls et de se protéger des autres. La nécessité pour cet homme d’accompagner son fils, de lui éviter le sort réservé aux quelques survivants qui s’entretuent, question de survie. Quand il ne reste rien, la barbarie devient vitale.
L’homme, lui, n’y croit plus. Mais il y a la foi de son fils qui croit que, peut-être, un autre homme et un autre enfant font comme eux, ont survécu aussi. L’espoir innocent d’un enfant, que son père ne veut pas réduire en poussière, et entretient parce que, sans foi, sans espoir, l’humanité se sert à rien.
C’est impressionnant, cette façon qu’a Cormac Mc Carthy de dessiner une humanité qui n’a plus d’humanité que le nom. Tout est dans la puissance évocatrice de son récit. Apocalypse, cendres, poussières, froid, faim, terreur, avec un minimum de mots et de descriptions il nous propulse dans ce monde dévasté, ravagé, anéanti. Il n’y a rien d’autre à faire que d’avancer, de marcher vers une chaleur qu’on n’est pas sûr de trouver.
C’est à la fois glacial et oppressant, cette plume épurée à l’extrême. Mais l’effet n’en est que plus fort, plus poignant. Que feriez vous, vous ? Si vous saviez que marcher ne sert à rien, que de toute façon la mort vous rattrapera ? Que vous gardez ce revolver non pas pour vous défendre, mais pour vous soulager d’une vie revenue au stade animal ? Le hic, c’est que vous n’êtes pas seul. Votre fils est avec vous. Alors il faut lui insuffler l’espoir qui vous a quitté, et tirer de lui la force que vous n’avez plus.
C’est un roman apocalyptique. Un roman de fin du monde. Un roman empli de pessimisme mais aussi de mélancolie, et d’espoir, de foi en l'espèce humaine. Un roman foudroyant, qui ne laisse pas d’échappatoire, mais qui émeut terriblement.
Merci Emeraude !
La route - Cormac Mc Carthy - Editions de l'Olivier - 245 p - Prix Pulitzer 2007
07:00 Publié dans Exquis, Litterature Anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
Commentaires
Effectivement en ce moment, tu enchaines vraiment les livres durs
je le note pour plus tard
Ecrit par : Stéphanie | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireDe rien ! mais je crois que comme cathulu et Stéphanie, je le note pour plus tard. J'ai d'abord envie de lire no country for old men
Ecrit par : Emeraude | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireAAaaaaah, bien. Il attend sur sa pile que je le lise... Il est tout sage avec les autres.
Ecrit par : LVE | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireHeu... non! C'est sans doute très bon mais pas pour moi. Des plans pour que je fasse des cauchemars pour les deux prochaines années! Je commence à me connaître, tout ce qui traite d'apocalypse ou de fin du monde... not for me!
Ecrit par : Karine | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireLe résumé me fait pensé au fléau de S.King. Comme toi j'aime bien être malmanée par les romans, alors forcément je note!
Ecrit par : Anne | 04.02.2008
Répondre à ce commentairepensé=penser et malmanée=malmenée....je vais aller me recoucher...
Ecrit par : Anne | 04.02.2008
Répondre à ce commentairej'ai hâte de le découvrir celui-ci. j'espère que ma biblio l'aura bientôt... Je n'en entends que du bien et j'aime aussi être remurée par les mots sur une page
Ecrit par : goelen | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireJe l'ai noté dans ma liste à lire depuis un moment... Je crains un peu aussi l'atmosphère de ce roman, mais je pense essayer... tôt ou tard !
Ecrit par : Kathel | 04.02.2008
Répondre à ce commentaireT'as jamais lu Stéphen King ????!!!!!! Mais qu'est-ce que tu as bien pu faire pendant ton adolescence ? ;-D
Ecrit par : Anne | 05.02.2008
Répondre à ce commentaireJe lisais aussi tout un tas d'Harlequin pour rêver! S.King c'était pour me faire peur! Et pour comprendre la vie je dévorais des Guy des Cars ;-)
Maupassant je l'ai découvert plus tard au Lycée.
Pour moi les meilleurs S.K sont les plus anciens. Mon top 5: "ça", "Simetière", "Misery", "Cujo" et "Christine"....je ne sais pas s'ils me donneraient aujourd'hui encore des sueurs froides ;-D
Ecrit par : Anne | 06.02.2008
Répondre à ce commentairec est un roman magnifique, un peu angoissant mais d une
totale richesse on suit les personnages sur la route et on avance on ne sait pas trop dans quelle direction comme dans
un état second.Dans toute noirceur,il y a une belle leçon de vie
Ecrit par : grazi | 08.02.2008
Répondre à ce commentaireQuel beau billet pour un très beau livre que j'ai beaucoup aimé aussi. je ne l'avais pas trouvé! je te mets en lien tout de suite, ce que tu dis ressemble à ce que j'en dit, en mieux...
ce livre est fort et puissant. Il nous marque pour longtemps!
Ecrit par : sylvie | 18.04.2008
Répondre à ce commentaireJe l'ai quasiment terminé. je suis abasourdi, ébloui. Un des meilleurs livres que j'ai pu lire depuis bien longtemps.
Ecrit par : LVE | 16.01.2009
Répondre à ce commentaireC'est le 1er livre de Cormac que je lis, j'ai bien aimé même si j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire et je crois que c'est à cause du style d'écriture. Ecrit-il toujours comme cela? Car j'ai beaucoup aimé le film "De si jolis chevaux" et j'aimerai donc le lire, mais si c'est écrit comme "la route" ...
Ecrit par : Elwing | 22.03.2009
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Ecrit par : cathulu | 04.02.2008
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