« Mission impossible du coté de Marly | Page d'accueil | LE RAPPORT DE BRODECK– Philippe Claudel »
15.10.2007
LA NUIT DE VALOGNES - ERIC EMMANUEL SCHMITT
Une nuit dans un manoir en Normandie. La duchesse de Vaubricourt a convoqué 5 femmes, toutes anciennes maitresses de Dom Juan. 5 victimes qui cultivent soigneusement leur rancœur d’avoir été séduites puis abandonnées. La duchesse de Vaubricourt a également convoqué Dom Juan. Mais avant qu’il n’arrive, elle leur explique son plan : instruire le procès de Dom Juan. Il devra épouser la jeune Angélique de Chiffreville, qu’il a séduite, et lui rester fidèle en guise de repentance, ou croupira en prison, le roi ayant signé un acte de condamnation qu’elle utilisera. En attendant Dom Juan, les 5 femmes racontent leur propre aventure avec le séducteur.. Echange de piques, dialogues acérés («si l’on vous payait pour ce que vous faites, vous porteriez un bien vilain nom » ), les souvenirs, derrière la colère ou la résignation, se révèlent avant tout nostalgiques. C’est bien la vanité et l’amour propre de ces femmes qui ont été bafoués. Dom Juan arrive et leurs résolutions s’évaporent, comme leur prétendue solidarité se disloque sous les piques et les propos rageurs, les rivalités, les jalousies.
Le personnage est à la fois cynique et désabusé. L’homme explique avoir toujours couru après quelque chose qu’il ne trouvait pas. Mais il ne séduit plus. Sganarelle, son fidèle valet, n’a plus noté un nom depuis plusieurs mois dans son carnet. Les dialogues sont percutants « les femmes, c’est comme les lapins, ça s’attrape par les oreilles » « la faiblesse est la ressource la plus puissante des femmes ». L’homme accepte la sentence dés le début et accepte d’épouser Angélique et de ne jamais la tromper : il avoue avoir connu l’amour une seule fois mais l’a perdu. Il se pliera à la sentence sans discuter.
Qui juge-ton ? Le séducteur ou l’homme qu’il est devenu ? Elles s’appliquent consciencieusement à le haïr, mais est-ce parce qu’il les a trompées ou parce qu’il se révèle humain ? Dom Juan a-t-il le droit de descendre de son piédestal ? (« Décidemment j'appartiens à tout le monde, sauf à moi » « On aime toujours trop quand on aime vraiment. L'excès est de rigueur «).
Ne préfèrent-elles pas la légende à cet homme perdu, perturbé qui accepte d’épouser la jeune Angélique de Chiffreville et promet de ne jamais la tromper ?
Elles le haïssent non plus pour ce qu’il leur a fait, mais pour ce qu’il n’est plus : avoir compté parmi ses conquêtes a beaucoup plus flatté leur vanité que blessé leur pudeur.
Le rebondissement final est déroutant. Le mythe de Dom Juan se désintègre sous la plume d’Eric Emmanuel Schmitt qui l’achève au profit d’un beau tableau des vanités humaines et des blessures secrètes qu’il convient d’étouffer par conformisme social.
Cette pièce a été jouée par la Compagnie du Masque, d’Issy les Moulineaux. Le jeu des comédiens est excellent, la mise en scène particulièrement réussie.
Ils ne la joueront malheureusement plus, mais présenteront, vendredi 19 octobre, « La cantatrice » d’Eugène Ionesco, à l’auditorium Saint Germain (Paris 6). Si leur jeu est aussi bon que pour « la nuit de Valognes », le spectacle devrait être excellent.
(Auditorium Saint Germain, Maison des pratiques Amateurs de la ville de Paris, 4 rue Félibien 75006 Paris) – vendredi 19 octobre à 19 :30. Entrée libre.
16:25 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
argh je regrette mon dimanche tranquille
La cantatrice me tente assez également
Écrit par : Stéphanie | 15.10.2007
Répondre à ce commentaireEric Emmanuel Schmitt est un auteur que je n'ai pas encore lu, et ton article me donne envie de plonger dans ses oeuvres !!
Écrit par : Florinette | 15.10.2007
Répondre à ce commentaireMerci du conseil Amanda et bonne journée !
Écrit par : Florinette | 16.10.2007
Répondre à ce commentaireDe mon côté, n'ayant jamais lu ses pièces de théâtre, je ne peux que te conseiller ses romans!
Notamment mon gros coup de coeur (celui avec lequel j'ai découvert cet auteur) : la part de l'autre.
Écrit par : Emeraude | 16.10.2007
Répondre à ce commentaireJe ne connais M. Schmitt que par ses oeuvres romanesques! Cette pièce m'a l'air effectivement très intéressante! J'aime bien ces réflexions sur les mythes littéraires comme Dom Juan... Je note!
Écrit par : chiffonnette | 16.10.2007
Répondre à ce commentaire



J'ai du mal à les lire mais c'est toujours avec plaisir que je vais les voir (pratiquement jamais malheureusement!)
Un peu tard pour y aller ce soir, mais s'ils avaient joué à issy les moulineaux à nouveau, vu que c'est juste à côté de chez moi, je crois que j'y serai allée!
Écrit par : Emeraude | 15.10.2007
Répondre à ce commentaire