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08.05.2008

POURQUOI J'AI MANGE MON PERE – ROY LEWIS

2057832161.jpgEdouard est un pithécanthrope. Il vit en Afrique et dirige sa horde avec poigne. Edouard est aussi un savant fou. Il aime à découvrir, rechercher, trouver, imaginer des procédés nouveaux, innovants. Son but ? Faire évoluer l’espèce. Passer du singe à l’homme, en somme.

 

Ah, mes amis, quel bonheur que cette lecture ! D’abord, il y un  humour savoureux. Tour à tour burlesque, loufoque, féroce, le ton réjouissant et les dialogues parfois totalement déjantés accompagnent des situations qui, sous des abords cocasses, forment une esquisse perspicace sur la façon de l’homme a su et voulu évoluer. Et continuera à le vouloir.

Puis, au-delà de la farce décalée que propose Roy Lewis, il y a aussi et surtout un excellent portrait de l’Homo Erectus, en route pour devenir l’Homo Sapiens.

Edouard incarne le progrès, le désir de l’homme de s’élever, de s’extraire de sa condition pour aller sans cesse de l’avant. Humaniste visionnaire, il exhorte sa horde à se défaire de ses habitudes ancestrales pour quitter sa condition encore trop simiesque, nonobstant les danger encourus.

L’oncle Vania est l’écolo réactionnaire de la bande. Totalement réfractaire au progrès, il prône le retour à la nature (« Back to the trees ! ») et s’enflamme dans des discours totalement rétrogrades en dénigrant les inventions d’Edouard (ce qui ne l’empêche pas de savourer les cotes d’éléphant rôties une fois que son frère a réussi à faire du feu et inventé la cuisson des aliments). Réfractaire, donc, mais… humain, lui aussi, fichtrement humain.

Ernest, le penseur-intello (et narrateur de l’histoire), Tobie, Oswald, Alex, chacun des enfants d’Edouard va incarner des modes de pensée et d’évolution, largement encouragés par leur père : philosophie, art figuratif, élevage,...

Les femmes, elles, loin de se complaire dans leur rôle de compagne d’homme des cavernes, sont peut-être celles qui gouvernent en douce, se jouant des hommes et les manipulant, qui pour obtenir une caverne plus grande, plus confortable, qui pour séduire, qui pour jacasser, bavarder…

Au-delà de la farce, donc, voici un roman métaphorique sur l’Homme, son rapport aux progrès scientifiques, sociaux, artistiques, politiques. Des questions sur la science et son utilisation, le partage des ressources, la cohabitation avec des espèces différentes, et un constat : pour évoluer, s’affranchir, il faut bien finir par « tuer le père ». Est-ce le prix à payer ?

Un roman à lire, à savourer, déguster, parce que c'est un régal !

Elles l'ont lu : Cuné, Papillon, Kali, Majinissa

 

 

06.05.2008

SHOES ADDICTS – BETH HARBISON

2128498848.jpgVous avez déjà craqué pour une énième paire de souliers, alors que votre penderie peine à contenir les dizaines de boites rectangulaires qui abritent vos trésors ? Vous avez déjà dégainé votre carte de crédit sachant pertinemment que ces escarpins (bottes) (sandales) (mules) étaient une dépense inutile, futile, exagérée, inconsidérée ?

 

Non ? Alors vous n’êtes pas comme Lorna, Hélène et Sandra. Ces trois « shoes addicts » sont accro aux souliers. Manolo, Patrick, Christian, Jimmy sont des noms qui les rendent hystériques. Et ce ne sont pas des amants potentiels. Juste des chausseurs.

 

 

Et quand on est shoes addict, c’est comme quand on est accro au jeu, au shopping, à l’alcool ou à la drogue : on ne peut pas se contrôler et on se retrouve vite dans la panade, avec compte dans le rouge, culpabilité, honte, regrets… et de gros problèmes.

 

 

Ces trois accros à l’odeur du cuir, à la finesse d’une bride, à la courbe délicate d’un talon ou au galbé d’une sandale vont se rencontrer au cours d’une soirée troc organisée par Lorna. Elles seront rejointes par Joss, candide en matière de soulier mais désireuse d’échapper à sa patronne hystérique… Elles vont y partager leurs pulsions, leurs envies, leurs souliers, et y découvrir, surtout, un bien qu’elles ne possèdent pas encore : l’amitié.

 

 

Bon, disons le tout de suite, c’est de la chick lit plutôt moyenne. Le style est parfois consternant, parfois drôle, quelquefois touchant, l’énumération de marques de luxe carrément lassante. Je préfère qu’on décrive le sublime d’une paire de sandales plutôt que l’on cite sa marque sans évoquer l’exquise délicatesse de ces créations et la sensation délicieuse qu'elles peuvent procurer.

 

 

Bref. Au point de vue style, moyen donc. L’intrigue, elle, ne casse pas trois pattes à un canard non plus. Quatre nanas mal dans leur peau, une femme de sénateur trompée qui vole en dans les magasins, une opératrice de téléphone rose agoraphobe, une dépressive chronique dont le compte en banque atteint les mêmes profondeurs abyssales que son moral, une jeune baby sitter exploitée. Quatre héroïnes, comme dans les scenarii qui marchent : Sex and the City, Desperate Housewives… De beaux clichés, donc.

 

 

Mais, et il y a un "mais" je trouve, c’est distrayant. Distrayant parce que, en tant que femme, il y a forcément quelques résonances, aussi minimes soient-elles, qui poindront dans nos mémoires. On a pas forcément craqué une fois dans sa vie pour des escarpins sublimes à 400 dollars, non, mais acheté une paire inutile, juste parce qu’elle nous plaisait, là, je jette mes dernières compensées à celle qui me dira le contraire (et je les récupère après, merci).

 

 

Alors le roman se lit vite, s’oubliera certainement très vite aussi, mais aura permis d’oublier ses soucis, de sécher ses larmes et de se vider la tête. Et ça, ça fait du bien. Beaucoup de bien.

 

 

L’avis de Lily (et merci pour le prêt !),

PS 1 : ah, j’oubliais de citer ce passage, où l’un des personnages dit qu’un homme qui regarde trois fois de suite Orgueil et Préjugés avec Colin Firth est forcément gay…. Les hommes qui liront ce billet me diront ce qu’ils en pensent !

PS 2 : et j’en profite pour avouer à la face du monde que je suis celle qui a effectué un « changement piétinal » la semaine dernière à Cabourg. Dû à un problème technique très handicapant. Donc justifié. Et puis, les magasins à Cabourg n'ont qu'à pas être ouverts le 1er mai...

 

PS 3 : Et je ne fais pas toujours une bourde terrible en essayant des souliers.

 

PS 4 : et j’attends avec impatience les 2 paires de compensées achetées la semaine dernière sur un site de vente en ligne. En solde, deux pour le prix d’une. Pourquoi s’en priver ?

05.05.2008

LA DECLARATION – GEMMA MALLEY

758848454.jpgLa vie éternelle ; la Longévité ; finies la mort, la maladie, les handicaps, la vieillesse avachie : en 2140, on vit éternellement. On prend ses petites pilules quotidiennes conçues à base de cellules souches humaines toutes fraîches et adieu la mort.

 

Mais qui dit vie éternelle dit surpopulation. Surconsommation d’oxygène, d’eau… Du coup les naissances sont interdites. Seuls peuvent mettre au monde un enfant ceux qui se sont Affranchis de la Déclaration de Longévité. Ceux qui ont l’affront ou l’inconscience de penser qu’une vie doit durer ce qu’elle doit durer, et que la jeunesse et les idées neuves sont essentielles. Ceux là mourront. Une vie contre une autre. Simple comme bonjour.

Alors, ceux qui naissent illégalement de parents non Affranchis sont des Surplus. On ne les tue pas, non. On n’est pas si inhumain que ça, non. Quelle idée ! On ne les tue pas, on les dresse, on les éduque, on les enferme dans des foyers où ils apprennent à devenir de bons serviteurs. Comme ça ils pourront être au service des Légaux, ceux qui ont le droit d’être ici. Et bien évidemment, ils ne peuvent pas prendre le traitement de Longévité. On les tolère le temps de leur courte vie, et c’est tout.

Voici un roman jeunesse fort passionnant. A travers l’histoire d’Anna, du Surplus Anna, devrais-je dire, et celle de Peter, jeune Surplus nouvellement arrêté et envoyé dans le foyer de Grange Hall, Gemma Malley nous transporte dans un futur proche où la recherche de la vie éternelle a remplacé toute éthique.

Et il y a plein de choses dans ce roman : endoctrinement des masses (que ce soit les Légaux qui refusent de céder leur place et considèrent la jeunesse et la nouveauté comme néfastes, ou l’endoctrinement d’Anna qui finit par croire qu’elle mérite d’être réduite en esclavage, pour laver l’affront que ses parents ont commis en la mettant au monde), impuissance et hypocrisie des gouvernements qui ne peuvent lutter contre l’épuisement des ressources naturelles (pétrole, énergies naturelles, eau) mais qui finissent par s’en préoccuper parce que ce ne sont plus leurs enfants qui en pâtiront, mais eux par la force des choses.

Il y a aussi la toute puissance des grandes firmes pharmaceutiques, trop heureuses d’avoir trouvé là un filon en or, la résistance qui s’organise en réseaux souterrains, animée par quelques fous qui préfèrent laisser leur place à des enfants, quelques idiots qui supposent que le monde est fait pour être renouvelé, que la jeunesse a plus que tout autre sa place sur cette Terre.

Et il y a la la fraîcheur de ces deux adolescent qui vont tenter de vivre, d'échapper au diktat, parce qu'ils sont convaincus que la jeunesse doit exister et prendre la place de la vieillesse. Que c'est Ça, l'ordre naturel des choses. Pas la vie éternelle de ces vieux qui s'accroche avidement à leur éternité.

Anna et Peter vont essayer de fuir, de VIVRE. Ils sont jeunes, ils sont à la fois innocents, plein d’espoir, et en même temps conscients qu’il leur faudra arracher de force leur droit d’exister.

Un roman jeunesse, donc, qui se lit avec beaucoup d’intérêt, pour les ados, oui, mais aussi pour les parents !

Les avis de : Cuné, Stéphanie (que je remercie pour le prêt), Fashion, Clarabel, Clochette, Olga

 

 

30.04.2008

LES AVENTURES DE CE FABULEUX VAGIN - MOIRA SAUVAGE

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Minou ? Chattoune? Mistrigri ? Paquerette ?  Boîte à malice ? Mimi ? Foufoune ?

 

Vous lui donnez un nom, vous, à votre vagin ? Vous l’étudiez, allongée sur votre lit un miroir à la main ? Non ? Vous laissez ça à la délicieuse Katie Bates dans « Beignets de tomates vertes » ? Et bien vous devriez peut-être.

Ou, si vous n’osez pas, ou craignez le lumbago, ou avez égaré votre miroir, profitez de l’une des nombreuses représentations des Monologues du vagin, la pièce d’Eve Ensler. Allez la découvrir. Créée en 1996, elle a permis à Eve Ensler de fonder en 1998 le mouvement V-Day, qui lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, sur toute la planète. Et sachez qu’il y en a, des violences.

Dix ans de lutte, de travaux, d’événements d’une féministe convaincue et convaincante, passionnée et passionnante, indéniablement charismatique et capable de soulever des montagnes.

 

C’est à ce parcours étonnant que la journaliste Moira Sauvage, qui a été pendant six ans responsable de la Commission Femmes d'Amnesty International, s’est intéressée. Dans son livre « Les aventures de ce fabuleux vagin », elle retrace le parcours de cette femme hors du commun et la naissance du mouvement V-Day, créé suite au succès rencontré par la pièce et entièrement consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes : viols, excisions, femmes battues, assassinées...

 

La journaliste a rencontré Eve Ensler, l’a accompagnée dans ses voyages, s’est rendue dans plusieurs pays pour rencontrer les responsables du mouvement, des bénévoles qui l’animent, et d’autres, des comédiennes professionnelles, amateurs, ou simples partisanes qui interprètent les Monologues et versent les recettes à des associations de lutte contre la violence faite aux femmes.

Très documenté, l’ouvrage présente d’abord la personnalité d’Eve Ensler, elle-même victime de violence dans son enfance. Dramaturge et militante convaincue des droits de la Femme, elle écrit son premier monologue (le bouleversant Mon vagin, mon village) à son retour de Zagreb, bouleversée par les récits des viols endurés par les femmes bosniaques pendant la guerre.

C’est le début d’une longue aventure, d’un parcours assez fascinant que celui de cette femme volontaire et obstinée, et du mouvement qu'elle a créé. C’est aussi l’aventure de centaines de bénévoles, partisans, qu’ils soient célèbres, fortunés, anonymes ou plus démunis. De Jane Fonda aux agricultrices bretonnes, des centaines de femmes convaincues se lancent dans l'aventure du V-Day et contribuent avec leurs propres moyens, leur conviction, à la cause d'Eve Ensler.

De l’Afghanistan au Congo, en passant par les Philippines ou le Mexique, Moïra Sauvage relate dix années de combat, réunit des témoignages et des archives qui résument le combat du V-Day. Elle s’est elle-même rendue en Inde, au Pérou, en Haïti ou aux Etats-Unis pour recueillir des témoignages. Elle a interviewé des activistes du mouvement en Irak, Ex-Yougoslavie ou au Guatemala.

Moira Sauvage n’omet pas de mentionner les critiques dont fait l’objet Eve Ensler, parfois considérée comme trop féministe, trop communautariste ou célébrant le vagin au lieu du cerveau de la femme.

 

D’une rencontre avec une femme bosniaque à la naissance d’un mouvement mondial qui fête donc cette année ses dix ans, c'est l'histoire étonnante et souvent bouleversante, que nous raconte Moira Sauvage.

29.04.2008

NE TE RETOURNE PAS – JAMES W. NICHOL

1719530149.jpgWalker Devereaux a dix-neuf ans quand il décide de retrouver ses parents biologiques. D’eux, il ne se rappelle rien, à peine une silhouette, celle de sa mère qui l’a abandonné. Elle l’a déposé en plein jour au bord d'une route, lui a demandé de serrer très très fort le fil de fer de la barrière, l'a supplié de ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner. Et elle est partie. Il avait trois ans. Malgré les recherches, on n'a pas pu retrouver la trace de cette femme. Et personne n'a réclamé un petit garçon. Personne.

Dès qu’il a l’âge légal, il demande donc son dossier aux services sociaux et quitte sa famille adoptive sur les traces de sa mère. Il n’y a rien dans son dossier. Juste la photo de deux fillettes et une vague lettre, qui donnent peu d’explications, peu d’indices.

Walker arrive à Toronto et rencontre Krista, une jeune handicapée qui l’aidera dans ses recherches, malgré les embûches, malgré le cambriolage où la lettre et la photo disparaissent, malgré cet homme qui semble les suivre et tout faire pour que leurs recherches n’aboutissent pas.

Ce roman policier est adapté d’une pièce radiophonique écrite par James W. Nichol. Nous allons y suivre, en parallèle, les recherches de Walker et la vie de Bobby, un garçon perturbé, violent, inquiétant. Un garçon écrasé par son père, dont la toute puissance broie sans le savoir la volonté et la raison de son enfant.

Tandis que l'on accompagne les tâtonnements de Walker et Krista, on suit avec répulsion l'évolution de Bobby qui, à force de faire taire cette violence sourde qui est en lui, à force d'étouffer ses désirs, devient de plus en plus renfermé et laisse ses démons l’envahir, jusqu’à ce qu’il finisse par passer à l’acte.

On s’interroge sur ces deux personnages, on cherche le point commun, le moment où leurs existences se croiseront.

Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’on découvrira comment la folie d’un garçon a conduit au pire.

La construction en parallèle de ces deux parcours laisse beaucoup de questions s’installer dans l’esprit du lecteur. Je regrette néanmoins que certains éléments soient éclaircis trop rapidement.

J’aurais sans doute préféré que James W. Nichol prenne plus de temps pour laisser la vérité germer. Son jeune héros Walker a finalement beaucoup de chance dans son malheur et trouve un peu trop vite à mon goût la trace de sa mère. Un peu plus de lenteur, un peu plus de doutes savamment distillés, une angoisse mieux entretenue m'auraient certainement davantage tenue en haleine.

C'est le personnage de Bobby que j’ai préféré. La lente érosion de son raisonnement, la montée de folie, la succession d’événements qui le pousseront à refuser d’être ce qu’il est et devenir par là même un monstre écoeurant, rongé de frustrations. Les pulsions violemment contenues, la rage de se savoir différent, qui laissent peu à peu le pas à la mégalomanie, à la folie, à l'abstraction de tout sens commun.

Le personnage de Krista, la jeune handicapée qui aide Walker malgré sa hanche brisée, est aussi intéressant, quoique traité de façon trop fleur bleue. Elle et Walker sont fades à coté de Bobby. Comme quoi la gentillesse ne paie plus !

Bon, même si l’intrigue aurait supporté un peu plus de complications, aurait dû être traitée moins superficiellement, plus perversement, ça reste un polar, disons, divertissant, à lire avec curiosité à défaut d’enthousiasme débordant. Et oublier rapidement.

Dommage, il y avait de quoi faire un bon truc, quand même.

Lettre N du challenge ABC.

26.04.2008

MALAVITA ENCORE – TONINO BENACQUISTA

1694828693.jpgRetrouvons la famille Blake que nous avons découverte dans « Malavita ». Quelques années plus tard, quelques noms d’emprunt plus tard, quelques déménagements plus tard, nos quatre compères vivent, sous le nom de Wayne, à Mazenc, dans la Drôme.

Les enfants ont grandi, ils sont indépendants et vivent leur vie. Belle est amoureuse, Warren aussi.

Maggie a lancé une petite entreprise de restauration sur Paris. Elle fait des allers-retours entre sa nouvelle vie de femme indépendante et son mari devenu écrivain.

Car Fred a réussi non seulement à écrire son roman, mais aussi à être édité, et même recevoir une certaine reconnaissance, sous le pseudonyme de Lazlo Pryor.

Seule Malavita la chienne n’a pas changé de nom et reste près de son maître. La chienne, et les agents du FBI, aussi, ceux du programme Witsec (protection des témoins) chargés d’organiser et de surveiller la vie de cet ancien mafieux repenti.

On a plaisir à retrouver cette petite famille dont tous les membres se cherchent toujours. Maggie chérit sa liberté toute nouvelle et s’émancipe de son mafieux de mari. Les enfants parviennent tant bien que mal à échapper à l’atavisme familial, à construire une existence normale. Loin des clans et des gangs.

Quant à Fred, il rumine encore et encore son passé, l’époque glorieuse où il était un capo. L’époque où sa vie ne ressemblait pas à celle d’un retraité provençal, entre pastis et pizzas.

Il y a toujours de l’humour, quelques passages savoureux, notamment quand Fred se décide à ouvrir un livre. Pour la première fois de sa vie. Délectable.

Il y a de la justesse chez les personnages, toujours aussi attachants, toujours aussi touchants.

Tonino Benacquista écrit bien, juste, avec humour. Un vrai plaisir.

Ceci dit, l’intrigue manque trop de piquant pour en faire un très bon Benacquista. Tous vivent leurs petites aventures, leurs petits revers, drôles certes, assumés avec leurs caractères bien trempés, mais il manque un fil conducteur, quelque chose qui accroche, qui happe le lecteur. On les aime toujours autant, les membres de cette famille, comme on aime toujours autant les agents du FBI qui les accompagnent, mais on a l’impression d’observer des petits retraités et leurs mésaventures qui sont bien trop gentillettes pour qu’on ait envie d’en lire un troisième volet, si troisième volet il y a.

Ou alors il faudra qu’il soit plus mordant, plus détonnant, que celui-ci.

23.04.2008

NO COUNTRY FOR OLD MEN – CORMAC MC CARTHY

136015607.jpgLlewelyn Moss est soudeur. Quand il ne soude pas, dans son bled quelque part entre le Nouveau Mexique et le Texas, il chasse les antilopes. C’est un type bien, Moss. Il soude, il chasse et en plus il aime sa femme Carla Jean. C'est pas un mauvais bougre, juste un ancien du Viet-Nâm à qui on la raconte pas et qui sait depuis longtemps que l'homme peut-être bien pire qu'un animal. Et quand il tombe par hasard sur les restes d’une tuerie dans le désert, ou plutôt un carnage, une boucherie, il fait ce que nombre de braves types comme lui feraient : vu que tous les gars sont morts, qu’ils se sont sans doute entre-tués, tous narco trafiquants qu’ils étaient, et qu’il y a une valise pleine de deux millions de dollars, et quelques kilos d’héroïne, il se dit qu’il va peut-être pouvoir s’offrir une autre vie, avec Carla Jean, un peu mieux, un peu moins dure. Alors il prend le fric et s'en va.

 

Mais comme c’est un type bien, il y retourne dans la nuit. Parce que l’un des mexicos n’était pas encore mort. Il agonisait. Agua. Agua por Dios.

 

Moss, il sait bien qu’il fait une énorme connerie. Que le mec il est sans doute déjà mort. Mais vivre avec deux millions de dollars piqués à des morts et vivre avec deux millions de dollars quand on a laissé crever un mec qui agonise, eh ben c’est pas pareil. Alors il y  retourne, avec de l’eau. Et quand il est sur place, eh ben il n’est plus le seul. Parce que deux millions de dollars, faut pas croire que les trafiquants ils vont les laisser s’évanouir dans la nature comme ça, sans chercher à les récupérer.

 

Il le savait bien, qu’il se foutait dans la merde, Moss.

 

Et il l’est jusqu’au cou. Voire davantage.

 

 

 

Cormac Mc Carhty semble aimer dire la déliquescence de notre monde. Un livre noir, très noir, enfin, noir et rouge plutôt, vu le taux d’hémoglobine versé dans ces presque 300 pages. Moss se tire donc avec l’argent. Mais il a à ses trousses des mexicains fous de rage d’avoir été floués, un ancien colonel un peu barré, un tueur fou (fou ? pas tant que ça à mon avis) et le shérif Bell, qui compte les coups et constate le gouffre dans lequel sombre son époque.

 

Il faut s’accrocher au livre. D’abord parce que les litres de sang versé ne semblent jamais devoir se tarir. On sait dès le début que pour l’optimisme, faudra repasser. Le style, ensuite, n’est pas des plus faciles à lire. C’est sec, heurté, scandé. Cormac Mac Carthy supprime les virgules et les remplace par la conjonction « et ». Ça donne des phrases plutôt longues, lancinantes, monotones (« Il s’arrête à la barrière et descend et l’ouvre et passe et redescend et la referme et reste un moment à écouter le silence. Puis il remonte dans la camionnette et prend en direction du Sud sur le chemin du ranch »). Mais on n’est pas là pour lire de la poésie. Le style est sec comme les paysages, sec et desséché comme ces hommes pour qui la violence est tout simplement normale, pur réflexe, automatique.

 

Le personnage du tueur, Chigurh, est oppressant. Pour lui, tuer, c’est comme ouvrir une boite de conserve ou allumer une cigarette. Aucun état d’âme, aucune question. Pas de valeurs, si ce n’est celle de survivre, avancer, point.

 

Quant au shérif Bell, Mc Carthy intercale des courts chapitres où Bell constate la pourriture dans laquelle se vautre son pays. Il évoque l’époque pas si lointaine où les sherifs ne portaient pas d’arme, où les professeurs, à un questionnaire sur les problèmes rencontrés dans leurs établissements, parlaient de chewing gum mâchés en classe, de gosses qui couraient en classe, copiaient…, et aujourd’hui, répondent viols, meurtres, drogues.. 

 

Voilà ce que raconte Mc Carhty : le monde est devenu fou, parce que les hommes sont devenus fous. La violence est devenue la norme. Le meurtre anecdotique. Les nouvelles valeurs sont l’argent, la drogue, les armes. Il n’y aura pas d’échappatoire. L’humanité sombrera à cause des hommes. Ce sont eux qui provoqueront leur propre fin.

 

 

L'avis de Cuné et celui de LVE et Betty Poulpe sur le livre et le film.

 

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Dans la foulée immédiate du livre, je suis allée voir le film des frères Cohen : pas mal. Moins de sang, quelques touches d’humour noir, des images et des plans crispés qui reflètent bien le livre. Quelques différences avec le livre (quand Chigurh demande à Carla Jean de jouer sa vie à pile ou face, elle refuse dans le film, joue dans le livre. Et perd.)

 

Et cette différence qui m’a frappée :

 

Dans le film, deux adolescents, à la fin, donnent leur chemise à Chigurh blessé. Il leur a donné de l’argent, mais ils l’aident parce « qu’il faut aider un homme blessé ». La scène s'arrête là.

 

Dans le livre, ils l’aident parce qu’ils trouvent « ça normal d’aider quelqu’un ». Puis ils jettent un coup d’œil dans sa voiture et voient le pistolet de Chigurh :

 

« Prends le, vas y. Pourquoi moi ? Parce que j’ai pas de chemise pour le cacher, vas y, grouille ».

 

Ça résume tout. Brrr.

 

21.04.2008

Tagathom boum hu !

Le tag de la mort qui tue est arrivé chez moi. Lancé par Thom, reçu par CunéSo, puis Alinéa et enfin Fashion, qui me l'a renvoyé.. 

 

Le premier taggué pose un question et l'envoie à un autre bloggueur, qui répond à la première question, pose à son tour une autre question et l'envoie à son ennemi préféré. Lequel doit répondre aux deux questions, en poser une autre et refourguer le tout à une troisième victime. Et ainsi de suite. Autant vous dire que le 57ème taggué aura du pain sur la planche...

 

Vous pouvez d'ailleurs suivre les déambulations hasardeuses de ce Tagathom sur la carte créée par Mr. Kiki. Kikimundo y trace la carte des deux tags lancés par Thom (parce que le fripon a lancé deux tags du même principe).

 

A nos moutons, donc.

 

 

Question 1, lancée par Cuné : On a tous un sosie quelque part. Quelqu'un qui nous ressemble un peu, tout au moins. Ou alors quelqu'un qui a fait penser quelqu'un d'autre à nous lorsqu'il l'a vu(e). Parfois, ça peut entraîner de lourds ressentiments. Si on me dit que je ressemble à Nicolas Sarkozy, par exemple, je pleure. Alors, à qui t'a-t-on déjà dit que tu ressemblais ? (Même de loin, ou de profil, ou philosophiquement parlant, ou pour déconner, rhoo !)

 

Comme je l’ai déjà dit chez Cuné, ma grand-maman trouvait que je ressemblais à Liz Taylor. 734880143.jpg

 

Autant avouer tout de suite que mamie n’y voyait plus grand-chose, et qu’elle ne sortait plus tellement de chez elle. Que ses émissions de télévisions se résumaient sans doute à regarder Danielle Gilbert tous les jours à midi. Si ça se trouve, mamie confondait Liz Taylor avec Denise Fabre.

 

 

 

 

 

Amy a trouvé, quand je l’ai rencontrée, que je ressemble beaucoup à Anouk Grinberg.

 

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Mais je suis allée faire un tour sur le site dont Aliéna nous parlait ; j’ai envoyé ma photo.

 

Le résultat est là :

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Serena Williams.

 

J'vous jure. Du coup ça m’a passablement énervée, cette histoire.

 

J’ai donc renvoyé une autre photo.

Et là, je ressemble à  :

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Christina Ricci 

 

Vous avez compris ici toute la fiabilité du logiciel...

 

De ces propositions, je crois que la seule chose à retenir (et que je condescendrais à vous livrer) c’est que j’ai le nez en trompette. Détail qui m’a valu bien des remarques, lorsque j’étais écolière ; la pire étant cette phrase lancée, l’air de rien, par une camarade : « tu as l’intention de te refaire faire le nez, plus tard ?"

 

Question 2, posée par So. Qui va gagner la Nouvelle Star ? Naaaan, je déconne. La vraie question est : tu dois tuer la personne avec qui tu vis, comment t'y prends-tu pour ne pas te faire choper ?

Pour la Nouvelle Star , j’ai jeté un oeil (et une oreille) sur le site de l’émission en question. Ma réponse sera donc : Ycare. Le seul à mes yeux qui ait ce petit quelque chose en plus qui fait que j'en ferais bien mon quatre heures. Les autres sont des ados pré-pubères ou des Bernard Montiel façon gendre idéal tout juste bons à faire frissonner des ménagères en croisière (oui Fashion, je pense à Cédric, là ;-) ). Quant aux filles, je n'ai pas regardé les videos, je n'avais pas le temps de tout me coltiner. (vous remarquerez que nous tenons toutes quand même à répondre à cette question ! Serions nous des midinettes ?)

 

Bon. Pour la vraie question c’est plus difficile.

 

Après réflexion, je crois que la meilleure façon de tuer quelqu’un sans se faire choper, c’est de le pousser au suicide. Cqfd.

 

Donc : je commence par lui proposer tous les jours des sushis et du saumon. Déjà, son moral commence sensiblement à flancher. Ensuite je jete par inadvertance ses CD de Supertramp, Pink Flyod, Genesis, Marillion, Santana, Queen. Là il est déjà sérieusement affaibli. Puis je le trompe ; je le lui dis. Il est stupéfait, anéanti ; il se suicide de désespoir.

 

C’est bizarre mais j’ai l’impression que je rêve, là. Au pire, je risque de me faire virer de la maison, à mon avis. Ce qui m'emmerderait bien, à vrai dire.

 

Bon, ça va pas. Faut trouver autre chose.

 

Voilà : je lui propose tous les soirs un whisky, pour faire passer sa dure journée. A force, il devient alcoolique et meurt d'une cirrhose.

 

Le problème c’est que je risque de trépasser avant lui, vue ma capacité à l’accompagner.

 

 

Question 3, que nous devons à Alinea : Si tu devais être privée de l'un des cinq sens, lequel choisirais-tu ? Pourquoi ?

Là c’est presque trop simple.

Trop peu de livres existent en braille pour que je supporte d’être privée de mes yeux.

 

J’ai envie d’entendre ma fille me dire que je suis la meilleure maman du monde, j’ai envie d’entendre mon chéri me dire qu’il m’aime (malgré Ycare et les sushis...)

 

Il parait que je suis une « kinesthésique » : en Programmation Neuro Linguistique, ça veut dire que je suis avant tout sensible au toucher. J’ai appris ça en stage de vente (ouais !).  Donc je garde le toucher.

 

Arrivée là, j'hésite entre odorat et goût.

 

 

Être privée du goût me permettrait peut-être de ne plus craquer sur le chocolat ? Mais je ne pourrai plus déguster un Saint Julien avec bonheur non plus.

 

Être privée d'odorat m'épargnerait comme à Fashion certaines senteurs de métro. Mais elles m'enlèveraient aussi la douceur exquise des cheveux récemment lavés de ma fille, la senteur de l'herbe fraîchement coupée, celle des lilas, du mimosa, des freesias, l'odeur de la marée basse sur la bassin d'Arcachon, les effluves de lavande dans ma Provence Natale...

 

Allez, je choisis le goût. Pour des raisons purement diététiques.

 

 

Question 4, posée par la vicieuse Fashion : Quel titre dont tu as (un peu, beaucoup, passionnément) honte se cache dans ta bibliothèque ?

Ah Fashion ! Si tu  savais !!

 

Hum..

 

Oserais-je le dire ?

 

Bon.

 

Au pire, vous rirez un bon coup, et puis vous oublierez, d’accord ?

 

Donc.

 

 

 

Le prix du livre de la honte revient à :

 

 

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Peri Cochin, Mode de vie, mode d’emploi.

Ouais.

 

Sans essayer de me trouver les plus hypocrites excuses ou circonstances atténuantes, je dirais juste que je l’ai acheté à l’aéroport avant un vol de 12 heures.

 

Oui, j’avais déjà 3 livres dans mon sac à main.

Non, je n’avais pas besoin d’en acheter un autre.

 

Je la trouvais jolie, marrante et drôle, j’ai donc décidé de lire son livre.

 

Eh bien je peux vous dire que si vous ne l’avez pas lu, vous n’avez rien perdu (sauf si vous êtes fan de cette personne, et encore). Ce n’est qu’un ramassis d’anecdotes personnelles et narcissiques écrites à la gloire de sa propre personne. Totalement inutiles, même pas drôles. Elle raconte par exemple qu’elle a été fort surprise, la première fois qu’elle a consulté un ostéopathe, de subir un toucher rectal. Passionnant, non ? Tout juste si je n’ai pas eu peur, quand j’en ai consulté un quelques mois plus tard, d’être soumise au même sort.

 

Il n’en fut rien, Dieu merci.

 

 

A mon tour de poser une nouvelle question ? OK. La voici :

 

Tu viens de mourir. Saint Pierre était bourré quand tu es arrivé(e) devant les portes du Paradis et t'a indiqué la mauvaise porte. Te voilà devant Bouddha qui t'informe que tu dois te réincarner. Tu peux choisir ce que tu veux, sauf te réincarner en toi, faut évoluer ma vieille (mon vieux). Alors ? En quoi choisis tu de te réincarner ?

Et cette question, je la pose à :

 

Cathulu !!! (puisqu'elle est revenue !) Eh eh…

Sur ce, je vais me mettre au tennis, allez, salut !

 

 

18.04.2008

LE CHATEAU DE VERRE – JEANNETTE WALLS

204755709.jpgComment peut-on se construire quand ses propres parents considèrent que les blessures (toutes, quelles qu'elles soient, même les plus graves) immunisent, les pleurs et les peurs ne font qu'affaiblir, que l’on peut se nourrir des jours durant de pop-corn, voire de rien et que faire les poubelles pour manger, c’est rejeter la société de consommation et son gaspillage honteux ?

Jeannette Walls, journaliste et chroniqueuse, écrit ici un document édifiant. Edifiant parce qu’elle y raconte sans fausse pudeur la vie de sa famille et l’enfance qu’elle a eu avant d’arriver à New York. Un père alcoolique et rêvant de construire une maison qui utiliserait l’énergie solaire (son château de verre), une mère artiste (ou qui se voulait comme telle) qui rejetait toute forme d’autorité et laissait ses enfants s’élever tous seuls. Pas d'argent, pas de règles, pas de limites.

Elle dit les fuites nocturnes pour échapper aux huissiers, les hôpitaux quittés en douce et surtout en vitesse, les fins de mois qui arrivaient dès le début du mois, les hardes rapiécées qui les ont habillés, elle et ses frères et sœurs, les nuits à la belle étoile, les repas sans nourriture, la crasse, la veulerie, la poignante solidité de ces enfants trop aimants, trop fascinés par leurs parents fantasques, marginaux, trop égoistes pour accepter de changer de vie. Ces parents dont l’un boit ou joue le peu d’argent du ménage et l’autre préfère les sensations fortes, s’arrime à ses rêves d’artiste et refuse toute responsabilité.

 

Les parents de Jeannette Walls n’ont pas donné à leurs enfants ce qu’ils considéraient comme futile (un toit, des repas réguliers, une relative sécurité). Ils leurs ont offert des étoiles, des rêves, des promesses qui ne furent presque jamais tenues, et une autre forme d’éducation : celle de la débrouille d’abord, certes, mais surtout la confiance, la volonté de réaliser ses rêves, de croire en eux et en leur capacités.

Ils aimèrent leurs enfants à leur manière, sans doute, et leurs enfants les aimèrent de façon désespérée, entière.

Jeannette Walls témoigne ici du farouche amour qu’elle portait à son père (aujourd’hui décédé), de celui qu’elle porte à sa mère même si la rancœur semble parfois plus forte de ce coté là. Elle a réussi à se bâtir une vie sur des bases qui peuvent sembler les plus fragiles, les plus bancales mais les valeurs que lui ont inculqué ses parents lui ont donné des armes bien plus solides et fortes.

J’ai été assez fascinée par ce livre, et me suis demandé si aimer ce livre équivalait à du voyeurisme. Mais je crois que, finalement, en dessous du coté sordide, miséreux, crasseux de l’enfance de Jeannette Walls, il y a en fait une grande richesse, celle qui est importante : les valeurs, la famille, le courage et la volonté.

 Jeannette Walls et sa mère en parlent ici.

Merci à Stéphanie de me l’avoir prêté, son avis ici.

17.04.2008

LE CREPUSCULE DES ELFES – JEAN-LOUIS FETJAINE

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Il ne faut jamais dire « Fontaine….

Il y quelques semaines, je suis allée rendre visite à mon amie Lamousmé, dans son antre de l’imaginaire, j’ai nommé Neverland.

J’ai toujours assimilé la Fantasy à la chimie moléculaire. (Je sais, ce lien est sans rapport mais j’avais envie, point barre).

Donc j’ai toujours considéré les rayons Fantasy comme étant destinés à tous, sauf à moi. Les histoires de dragons, non merci, j’ai tout ce qu’il faut dans mes connaissances.

Néanmoins, il suffit d’écouter Lamousmé parler avec passion de son métier de libraire spécialisée pour avoir envie de se laisser tenter. D’essayer. Pour voir. Parce qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, n’est-ce pas ??

J’ai donc demandé à Lamousmé de me conseiller un titre. Lequel titre devait convenir à une lectrice débutante es fantasy, une candide réticente, une élève de base, niveau Cours Préparatoire en la matière.

Lamousmé me suggéra d’abord de lire de l’uchrony. Ce à quoi je lui répondis que je n’avais jamais lu cet auteur.

Je puis vous assurer que Lamousmé est une libraire compréhensive, capable de ne pas éclater de rire quand un client lui sort des énormités. Au contraire, elle explique gentiment que l'uchrony n’est pas un auteur, mais un genre de littérature.

Son stock ayant été récemment dévalisé par sa clientèle, Lamousmé n’avait pas de roman de ce genre à me vendre. Elle me proposa donc Le crépuscule des Elfes, et je luis fis confiance. Emportai le roman, et l'oubliai aussitôt dans ma bibliothèque, en attendant des jours meilleurs. Et, finalement, au bout de quelques semaines, je me décidai à l'ouvrir...

Et vous savez quoi ?

Je l’ai lu (presque) d’une traite.

L’épée de Nudd a été volée au Roi des Nains. L’épée est le talisman que les nains ont reçu de la déesse Dana ; les Elfes ont reçu le Chaudron du Dagda, les Monstres ont reçu la lance de Lug et les Hommes la Pierre de Fal. Chaque peuple veille sur son symbole, dans le respect des autres. Ainsi vivront-ils dans la paix.

Mais quand l’elfe Gael tue Troïn, roi sous la Montagne Noire et prince des cités souterraines, pour s’emparer de l’épée de Nudd, l’équilibre du monde est en danger. Chaque tribu envoie deux représentants à la recherche de Gael, l’assassin voleur.

Jean-Louis Fetjaine dessine un tableau luxuriant, vous embarque dans une épopée au cœur des marais, vous plonge au pays des elfes bleus, des nains, des gnomes. Vous y évoluez cernés de magie, de formules, de rêves. De sang aussi, mais la force de l’imaginaire est telle que ces batailles deviennent oniriques, nébuleuses. Un univers parallèle où l’on se dévêt de ses attributs de raison pour s’abandonner dans une autre dimension, merveilleuse, irréelle.

C’est doux comme la magie d’un conte pour enfants, mais beaucoup plus creusé, profond. Au-delà de la simple histoire fantastique, on y parle des hommes, de leur vanité, de leur ambition, de leur noirceur. On y parle d’amour et d’honneur aussi. D’amitié, de respect, de valeurs.

Vraiment ? J’ai dit que je ne lisais jamais de Fantasy ?

J’vous crois pas !

Le crépuscule des Elfes, Jean-Louis Fetjaine, Pocket 346 pages. Premier volume de la Trilogie des Elfes.